samedi 17 janvier 2009

Bulletin d'info libertaire

Bulletin d'info libertaire - Saguenay, produit et distribué à plus d'une centaine de copie sans monétariat. Concentré sur l'information locale, le bulletin traite des élections municipales à venir, de la création du collectif Emma Goldman et de la crise économique pour un public large. N'hésitez pas à laisser un courriel en commentaire (arobas changé par [at] pour ne pas recevoir de spams) pour recevoir le fichier pdf imprimable et photocopiable à volonté.
2009 au Saguenay
View SlideShare document or Upload your own.


P.S. Dans l'écran de visualisation du document appuyez sur l'écran de projecteur sur deux pattes en bas à gauche pour pouvoir mieux voir la feuille(pleine écran).

vendredi 16 janvier 2009

Réactionnaire comme... Jean Tremblay

Les élections municipales au Saguenay auront lieu le 1er novembre 2009. Durant ce dernier mandat de Jean Tremblay, en plus d'avoir suscité à plusieurs reprises les médias nationaux pour ses propos fervemment catholiques et réactionnaires, plusieurs luttes au niveau municipal ont été entreprises dont une lutte contre la prière au conseil municipal et celle contre le mémoire sur les accommodements raisonnables signé au nom des gens de Saguenay. Le vidéo suivant présente le maire à l'émission de Richard Martineau le 15 octobre 2008 parlant contre le cour d'Éthique et culture religieuse.

http://ca.youtube.com/watch?v=i3XltAPa46c

mercredi 7 janvier 2009

Quelques pistes sur 2009 au Saguenay

Le Quotidien, Rocket Lavoie

Joyeuse année 2009!

Et oui, une autre année qui commence et y'a pas le choix de l'accepter, faut s'y faire. Une année qui s'annonce déjà parsemée d'activités et, ce message pour preuve. S'en ajoutera assurément davantage en cours de route, mais je profite de cet fin de répit des fêtes pour faire part de quelques trucs annoncés.

2009 sera une année électorale dans ville-Saguenay. Notre candidat vedette Jean Tremblay (voir ici les articles consacrés à lui sur ce blog), aurait vraisemblement l'assurance de se faire réélire si on peut en croire Carol Néron dans Le Quotidien. Et, bien que le Maire Tremblay assume le poste de Maire de la ville depuis 1997, époque Chicoutimi précédant les fusions municipales, notre éditorialiste bien propre aux idées du Quotidien y va, dans le même article, d'un "Chez nous, la démocratie se porte très bien merci. À observer ce qui se passe ailleurs dans le monde, disons que nous avons le droit de critiquer, mais en aucun cas, surtout, celui de nous plaindre." Et bien, peu sert de se plaindre, ce sera un temps idéal pour manifester notre désir d'un changement profond de ce qui peut subsister de "démocratie municipale" à Saguenay avec un maire aussi autocratique que monsieur Tremblay et d'amener sur la place publique des perspectives libertaires envisageables ici et maintenant.

D'autre part, 2009 verra aussi la création d'un collectif de l'Union Communiste Libertaire au Saguenay, le collectif Emma Goldman. L'UCL est une nouvelle organisation au Québec née d'une refondation de la Fédération des communistes libertaires du Nord-Est (NEFAC) et qui compte maintenant 7 collectifs dans la province : Sherbrooke, Montréal, Trois-Rivières, Drummondville, Québec, St-Jérôme et Saguenay. Au Saguenay, le Collectif de Résistance Anti-Capitaliste (CRAC) a pris la décision de prendre part à cette organisation anarcho-communiste québécoise. Je vous suggère de consulter leur blog au cours du mois de Janvier et des prochains afin d'être informé(e) des activités à venir ou de communiquer directement avec elles et eux via courrier électronique. Sans voler le punch, il y aurait entre autres au programme, deux assemblées publiques de lancement du collectif prévues vers la fin janvier et au début de février et une manifestation prévue dans les rues de la ville pour la Journée Internationale des Femmes, le 8 mars. Restez à l'affut pour être au courant!

Même si la confiance s'avère encore plutôt bonne, on sentira sans aucun doute les durs coups de la crise financière durant l'année. De crise causée par les ventrus du marché(lire riches propriétaires), le gouvernement tentera à coup sûr de refiler la facture aux travailleurs et travailleuses, fidèle au bon vieil adage: Socialisation des pertes et privatisation des gains! Les subventions que le gouvernement accorde à coup de milliards aux plus grandes entreprises industrielles pour quelques mois de fonctionnement devront être remboursées tôt ou tard, alors que selon les plans du premier sinistre Harper, les entreprises paieront de moins en moins de taxe. Pour la région, la crise sera encore plus dramatique puisque, des industries présentes, nous dépendons particulièrement des exportations vers les États-unis et ailleurs. De plus, le taux de chômage étant déjà plutôt élevé par rapport au reste du Québec, celui-ci s'élèvera certainement à des seuils critiques. On pouvait, au mois de décembre, voir la façon que la justice canadienne a traité la perception illégale par le gouvernement fédéral de 54 milliards de $ de l'argent des cotisations d'assurance-chômage. C'est carrément scandaleux! Et là-dessus, il sera définitivement nécessaire de s'organiser dans l'année qui commence pour faire entendre tout(e)s ceux et celles qui sont laissé(e)s sans voix dans ce cirque politique et capitaliste, où les puissants avares chercheront comme toujours à se faire du profit.

En 2007, les 100 PDGs les mieux payé(e)s au Canada ont reçu, en moyenne, une augmentation salariale de 22%, et vous?


Alors 2009 est là, on se revoit sur le terrain des luttes!

dimanche 4 janvier 2009

Palestine - Israël : information des Anarchistes contre le mur en zone de guerre

"dimanche 4 janvier 2009

(Traductions d’articles du site des anarchistes contre le mur et du blog de Ilan Shalif)

L’assaut le plus brutal d’Israël contre Gaza depuis 1967 - sous le nom de code “Opération Plomb Chargé” - qui a commence le samedi 27 décembre et a tué 250 palestiniens dès le premier jour, a rencontré une condamnation généralisée partout dans le monde, et des protestations en Israël aussi.

Vendredi 26 décembre. Les protestations avaient déjà commencé le jour précédent l’offensive aérienne israélienne « choc et crainte », quand des activistes ont manifesté dans le cœur de Tel Aviv, pour avertir contre l’escalade des menaces et l’appel à des pour-parler de paix avec les officiels démocratiquement élus de Gaza. Cette manifestation, appelée par la Coalition contre le siège de Gaza, a été virtuellement ignorée par les principaux médias israéliens.

Le samedi 27 décembre, alors que nous apprenions le carnage et la dévastation cause par les avions de guerre israéliens infligés au matin sur une population gazaouie assiégé et déjà souffrante, les activistes des Anarchistes contre le mur (ACM) ont rejoint une centaine de manifestants en colère dans une manifestations spontanée dans la ville de Jaffa (beaucoup d’habitants locaux ont de la famille dans la bande de Gaza, étant donné qu’une grande part de la population de Jaffa a été forcée de fuir vers Gaza en 1948)

Au même moment, des manifestations ont explosé dans une douzaine de villes et de village de Cisjordanie, ainsi qu’à Jérusalem est, la plupart du fait d’affrontements entre de jeunes Palestiniens et les troupes Israéliennes. Plus tard dans l’après-midi, les ACM ont participé avec des membres d’autres organisations, dans une marche de protestation de plus d’un millier de juifs et d’arabes dans les rues de Tel Aviv. Les manifestants ont mené une marché énergique et chargée d’émotion du square de la Cinémathèque jusqu’au ministère de la défense, en criant « l’occupation est du terrorisme » et portant des pancartes « les ministres israéliens sont des criminels de guerre ». En cours de route, les manifestants ont été attaqués sans raison par une Unité spéciale de patrouille soutenue par des membres de la police montée agressifs. D’autres affrontements ont eu lieu par la suite devant le Ministère de la défense, quand des anarchistes ont mis à bas la barrière de sécurité et ont essayé de bloqué la circulation sur la rue Kaplan. Six manifestants ont été arrêtés, qui ont ensuite été relachés par un juge le lendemain.

Le dimanche 28, alors que le nombre de morts à Gaza s’approchait de 300 pour le second jour de l’attaque israélienne, les activistes d’ACM ont rejoint une manifestation dans le village de Ni’ilin contre les crimes de guerre d’Israel à Gaza. Les forces israéliennes ont ouvert le feu sur les jeunes qui lançaient des pierres, tuant un des manifestants et en en laissant un second dans une situation critique. Arafat Rateb Khawaja, 22 ans, a été tué d’une balle tirée dans le dos, qui est mort dans l’après midi à l’hôpital de Ramallah. Mohammed Kasim Khawaja, 20 ans, a reçu une balle dans le front tirée à proximité, et est toujours dans un état de mort clinique à l’hôpital de Ramallah.

Le dimanche soir, ACM a pris part à une nouvelle manifestation survoltée dans le centre de Tel Aviv, où des douzaines de personnes ont appelé la population la fin des opérations militaires en cours à Gaza, et de l’occupation en général. Les protestataires portaient des pancartes disant « Intervention internationale maintenant » et « les Israéliens et les Palestiniens sont contre la guerre ».

Le Lundi 29, les funérailles à Ni’ilin ont été extrêmement chargées en émotion, puis suivies par une journée d’affrontement avec l’armée, alors que des centaines d’étudiants faisaient entendre leur opposition sur les campus de Tel Aviv, de Haifa et de Jerusalem - manifestations qui ont tous donné lieu à des d’affrontements avec la police et ou des contre-manifestants fascistes, ainsi que des arrestations violentes. Plus tard dans la journée, des manifestants se sont rassemblés devant l’Ambassade égyptienne de Tel Aviv, pour protester contre le silence et la collaboration égyptienne avec l’offensive israélienne. Les manifestants ont fait face à un extrêmement impressionant contingent de police anti émeutes et de gardes frontières qui, incités par la foule enflammée des passants, a utilisé une violence extrême pour disperser la manifestation. Six participants ont été arrêtés, tous des palestiniens citoyens israéliens.

Plus tard dans l’après-midi, des members d’ACM ont rejoin tune protestation d’arabes et d’israéliens contre les atrocités à Gaza qui avait lieu à Jaffa. Plusieurs centaines de personnes ont hissé des drapeaux palestiniens et ont lancé des slogans de solidarité avec la population de Gaza et de soutien à l’Intifada. L’évènement à culminé avec une marche bruyante et désordonnée dans les rues de Jaffa, bloquant parfois la circulation, qui s’est ensuite dispersée sans violence après une confrontation avec un fort contingent de renforts de police anti éméute et de gardes frontières.

Le mardi 30, une nouvelle manifestation enragée de quelques 200 personnes s’est ruée dans le centre de Tel Aviv. Malgré une forte présence policière, des œufs et des bouteilles vides ont été lancé sur les manifestants.

Le Vendredi 2 janvier, une vingtaine de membres d’ACM ont surpris les services de renseignements de la police en organisant à 6 heures du matin un « die in » à l’entrée de la base aérienne Sde Dov de Tel Aviv. Ils se sont allongés sur la route, feignants d’être morts en portant des combinaisons et des masques couverts de sang, devant l’entrée de cet aéroport où les pilotes se rendent pour prendre leur taxi aérien qui les amènera sur les bases aériennes. Au bout de 10 minutes, les 21 participants ont été arrêté. A la demande de la police, honteuse de n’avoir pu empêcher préventivement l’action, clamant que les personnes arrêtés mettaient en danger la paix en temps de guerre, le juge a ordonné de les maintenir en prison le temps du week end [et ainsi les empêcher de rejoindre les manifestations prévues ce week end ...]. Ayala, l’un des activistes : notre geste est destiné à « montrer aux pilotes de l’armée del’air israélienne le résultat de leurs actions à gaza. A des milliers de mètre d’altitude, le pilote qui cible puis appuie sur un bouton peut ignorer, oublier ou être incapable de comprendre qu’en ce faisant il tue des personnes innocentes. Nous sommes venus ici pour leur rappeler cela. » Depuis le début de cette guerre, les forces aériennes ont bombardé Gaza plus de 300 fois. Ils ont tué plus de 400 palestiniennes, des centaines de civils. Il est impossible d’être contre les bombardement de civils sur Sdérot en Israël sans être en même temps contre les tueries massives de civils à Gaza.

Les lois internationales de la guerre obligent d’éviter au maximum tout dommage contre les civils. Les bombardements de l’armée de l’air israélienne sur la bande de Gaza qui est très densément peuplée ne peuvent que toucher les civils, et sont des crimes de guerre. Chaque pilote qui bombarde Gaza bombarde une population civile et est un criminel de guerre.

(vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=WpeC...)

A cause de trop nombreuses arrestations de vendredi matin, les autres membres d’ACM n’ont pu participer à la manifestation commune contre le mur de séparation seulement dans le village de Jayyous - où de très nombreuses grenades lacrymogènes ont été tirées, et à Bil’in - qui a encore été un champ d’expérimentation pour « les moyens de contrôle de foule de basse léthalité ». Ce vendredi à Bil’in, les forces de l’Etat ont fait un nouvel essai de leur machine à bruit et de nouveaux projectiles... il semblerait que leur principale tâche, en plus de ces expériences, était d’éviter de nouveaux cisaillement de la barrière de sécurité comme cela avait été le cas lors de la manifestation de dimanche contre la guerre à Gaza.

Pendant toute la semaine, nous avons distribué l’appel pour la démonstration de samedi au nom de la Coalition des organisations contre la guerre à Gaza, et dont les Anarchistes contre le mur sont partie prenante :

« Les massacres à Gaza continuent. Des centaines ont été tués, des milliers blessés, les attaques aériennes ont causé des dévastations totales et des familles entières sont maintenant laissées sans maisons. Les civils dans le sud d’Israel sont les otages d’un gouvernement qui leur ment et abuse d’eux. Les destructions et les morts à Gaza n’assureront par leur future, mais au contraire conduiront à plus de violence et de morts.

Rejoignez nous dans la manifestation de ce samedi, nous appelons :

Arrêt des massacres !

Non au siège de Gaza !

Stop the Killing ! No to the Siege ! Yes to life for both peoples !

Oui à la vie pour les deux peuples !

Dans ces journées sombres, nous tenons à notre message : les juifs et les arabes refusent d’être des ennemis !

Notre demande : une trêve complète et la levée du siège de Gaza MAINTENANT !

PS : depuis des dernières semaines, des arrestations massives ont été opérées parmi les citoyens palestiniens d’Israël qui ne faisaient qu’exercer leur droit démocratique de manifestation. Ce samedi, avant la manifestation de Tel Aviv, une rassemblement de protestation est appelé à Sakhnin par le Haut comité des arabes israéliens contre le massacre à Gaza. Merci de faire un effort pour le rejoindre. Votre présence est essentielle.

Le soir, après que la Haute Court ait interdit à la police d’interférer dans le contenu de la manifestation, des milliers de personnes ont convergé vers le square de la ville, y compris beaucoup de ceux qui participaient plus tôt à la manifestation de Sakhnin au nord. Quelques centaines de personnes ont participé au cortège anarchiste. Le cercle de tambour a constitué le centre de ce cortège tout le long de la manifestation. Les drapeaux, les bannières anarchistes ainsi que leur chants ont été la cible pendant toute la manifestation de militants de droite, qui ont échoué à causer des altercations."

Voir aussi :

Traduction du rapport sur l’assassinat à Ni’ilin pendant la manifestation de solidarité avec Gaza, le dimanche 26 décembre 2008, écrit pour l’association Droits de l’Homme Btselem par un membre des anarchistes contre le mur

Site Electronic Intifada (très riche en actualités et analyses sur la situation en Palestine)
Site des Anarchistes contre le Mur

Traduction par le site du Syndicat Interco Paris-Nord de la CNT-AIT

mercredi 24 décembre 2008

Souvenir de 2004: Occupation de l’usine d’Alcan à Arvida

On ne peut plus se cacher la tête sous le sable, on connaîtra durant l’année 2009 des répercussions assez fortes de la crise financière. Selon les experts, les provinces du Québec et de l’Ontario seraient les plus touchées par la crise au Canada, et on peut s’attendre à de fortes mises à pied dans les « régions ressources », étant ce qu’elles sont. Face à cette crise, le gouvernement tentera à coup sûr de refiler la facture aux travailleurs et travailleuses et aux plus défavorisé(e)s de la société. C’est pourquoi je ressors aujourd’hui cette analyse particulièrement pertinente de l’occupation et de l’autogestion de l’usine Alcan par les travailleurs/euses en 2004, exemple frappant de combativité ouvrière face à des patrons et gestionnaires qui ne pensent qu’en terme de compétitivité sur les marchés et de profits accrus. Dernièrement encore, des possibilités de fermeture de l’usine ont été entendu, fermetures qui se pourraient se réaliser malgré les accords en vigueur entre la multinationale et Québec. Preuve de plus pour constater la double justice qui existe pour les entreprises multinationales qui pillent le territoire mais se soucient bien peu de ses habitant(e)s…


" L’occupation de l’usine d’Arvida par les travailleurs d’Alcan est à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire du mouvement ouvrier québécois. Jean-Guy Girard en fait ici la chronique.

26 janvier 2004 en fin de soirée, les 560 travailleurs des salles de cuves Sodërberg occupent l’usine d’Arvida et reprennent la production de l’aluminium contre la volonté d’Alcan. Ils écrivent une page d’histoire du syndicalisme au Canada : c’est la première fois que des syndiqués prennent le contrôle de leur entreprise pour continuer la production. Même à l’échelle internationale ce type d’action est rarissime. Les syndiqués d’Arvida gagnent ainsi l’adhésion de toute la communauté à leur cause. L’occupation prendra fin le 14 février sous le coup d’une ordonnance de la Commission des relations de travail du Québec qui oblige les travailleurs et le syndicat à « … reprendre le travail normal sous la supervision du personnel cadre d’Alcan ». L’occupation d’usine aura duré 19 jours, gardant en haleine la multinationale Alcan et toute une région. Les travailleurs auront réussi, grâce à leur coup de force, à faire parler de la fermeture dans les médias québécois et même canadiens.

Le 22 janvier dernier, en annonçant sans préavis la coupure de 560 emplois, Alcan a rompu un pacte tacite avec le Saguenay–Lac-Saint-Jean. Le seul contrepoids à tous les privilèges qu’on lui accorde, à tous les désagréments qu’elle occasionne à cette région, c’est le salaire qu’elle verse à ses travailleurs. En 1984, 12 000 personnes travaillaient pour Alcan au Saguenay–Lac-St-Jean, le 22 janvier dernier, la coupure de 560 emplois représentait 10 % des 6 000 emplois restants. « L’Alcan s’est accaparée l’essentiel de l’énergie hydro-électrique de cet immense bassin hydrographique, elle a noyé les meilleures terres agricoles du Lac-Saint-Jean, a pollué le Saguenay avec du mercure et des HAP. Ces quelques ingrédients du cocktail chimique nécessaire à la transformation de la bauxite en aluminium ont rendu les crevettes de cet immense cours d’eau impropres à la consommation depuis 1970 et mis les bélugas sur la liste des espèces en voie de disparition. Les conditions de travail déplorables chez Alcan pendant des décennies ont permis à Saguenay d’avoir le championnat du plus haut taux de cancer du poumon au Canada et de se maintenir au premier rang pour quelques autres types de cancer dont celui de la prostate. En fermant ses vieilles installations sans les remplacer, elle nous lègue un environnement industriel dégradé. »

22 janvier 2004 au matin, au Saguenay-Lac-Saint-Jean on sait que quelque chose se prépare. Alcan a convoqué la presse à 15h. Des leaders syndicaux, Alain Proulx et Jean-Marc Crevier, deux anciens présidents du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEEA), sont sortis sur la place publique la semaine précédente pour révéler qu’Alcan émettait des signaux à l’effet qu’elle veut fermer ses salles de cuves Sodërberg rapidement, devançant de dix ans le calendrier prévu. C’est finalement un Jean Charest « piégé » qui fera l’annonce en direct de Davos à 13h au sortir d’une rencontre avec Travis Engen, président étasunien de la plus grande multinationale canadienne. Alcan a prévenu la Sûreté du Québec et celle-ci a dépêché en région un contingent d’anti-émeutes : « Après tout, les gars pourraient se choquer ». En fin de journée, la région ressemble à un vieux boxeur en KO technique ; les mauvais coups pleuvent depuis plus d’un an, aucune partie du corps n’a été épargnée. L’année dernière c’était Agropur, le coup avait été asséné par notre multinationale coopérative québécoise qui annonçait la fermeture de Chambord (160 emplois) et s’accaparait 100 millions de litres de lait, détournés pour être transformés dans des usines du centre du Québec ; en décembre c’était Abitibi Consol à La Baie qui annonçait la fermeture « pour une durée indéterminée » de son usine de pâte et papier, jetant à la rue 625 employés, etc. Le dernier coup frappé par Alcan était en dessous de la ceinture mais l’arbitre avait le dos tourné, comme à l’habitude.

23 janvier, en région la réaction est unanime. Même les alliés habituels de l’Alcan, politiciens, éditorialistes et chambres de commerce, y vont de déclarations incendiaires. André Harvey, député libéral fédéral de Saguenay déclare : « Il faut taxer les mégawatts qu’utilise Alcan ». Il se fait même incisif pour un élu : « Le service de relations publiques de l’Alcan est tellement efficace qu’il contrôle les autorités civiles au Canada. Ils ont aussi des contacts dans tous les médias d’information. La preuve c’est que la fermeture des cuves d’Arvida qui touche 560 travailleurs ne fait même pas la une des quotidiens nationaux ». Malgré la colère qui gronde on ne s’attend pas à grand chose de la part du syndicat. Les choix sont limités : boycottage des heures supplémentaires, appel à une manifestation publique… Mais après tout, l’annonce de la fermeture est assortie d’un engagement d’Alcan que les 560 travailleurs seront protégés ; on procédera en grande partie par attrition, retraites anticipées, reclassement, etc. Finalement, les travailleurs qui devraient être les plus touchés s’en tirent plutôt bien. Dans la région, on les considère généralement comme des « gras durs » avec des salaires d’au moins 60 000 $ par année.

26 janvier en soirée sur le plancher de l’assemblée générale la proposition serait venue du P’tit Mario : « Y ont décidé de fermer dix ans à l’avance sans nous en parler, nous autres on prend le contrôle de l’usine. Nous autres on continue à produire, y viendront nous sortir ». Alain Proulx, maintenant président de la Fédération des syndicats du secteur aluminium (FSSA) explique : « Même si on ne fait pas partie de la même centrale, tous les syndicats de l’aluminium sont assis ensemble dans une intersyndicale. La solidarité a été instantanée pour fournir l’électricité, la bauxite, l’alumine, tous les éléments dont on avait besoin pour repartir la production. » En faisant cette annonce d’une manière aussi sauvage, l’Alcan savait qu’elle pouvait s’attendre à tout. « Ce que craignait l’Alcan, c’est que les travailleurs laissent durcir le métal dans les cuves, ce qui les aurait rendues inutilisables. Ils veulent cannibaliser les vieilles cuves, les Sodërberg ce n’est plus bon à Arvida mais ils continue à produire avec ces cuves à Shawinigan et à Beauharnois. »

Samedi 31 janvier, 5 000 personnes marchent dans les rues d’Arvida à Saguenay pour manifester leur solidarité avec les travailleurs et signifier leur colère à l’Alcan. Dans les médias québécois, cette manifestation sera un peu éclipsée par celle organisée la même fin de semaine contre la centrale thermique le Suroît d’Hydro-Québec, qui réunira elle aussi 5 000 personnes à Montréal. À Saguenay, les gens viennent aussi manifester parce qu’ils savent que la fermeture des Sodërberg ne touchera pas que les travailleurs. Pour chaque poste aboli à l’usine on en perdra trois à l’extérieur. Dans le commerce, les services, dans les petites entreprises satellites on sait que si ces emplois ne sont pas remplacés, on assistera à une dévitalisation économique.

La guerre de l’opinion. L’Alcan tient beaucoup à son image. Au premier rang mondial de la production d’aluminium depuis l’acquisition de Péchiney, son image est importante partout dans le monde et accessoirement au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le 22 janvier, Alcan fait deux annonces à Davos. La première, répercutée par Jean Charest qui « scoopait » l’annonce de la fermeture en région. La deuxième, c’est l’annonce d’un prix annuel d’un million $ US pour les groupes environnementaux en développement durable. Serait-ce sous-estimer Alcan que de croire que l’émission de ces deux nouvelles le même jour est le fruit du hasard ? Une recherche sur la Toile avec les mots Alcan et Davos donne des résultats bien différents selon la langue. En français, plusieurs des résultats de recherche font état de la fermeture des usines, en anglais un seul des 30 premiers résultats y fait référence et il s’agit d’un média alternatif.

Pour bien comprendre la situation, il faut savoir ce que représente l’Alcan dans la région. Il y avait 12 000 travailleurs à son emploi en 1984, mais on n’en comptait plus que 6 000 au moment de l’annonce de la fermeture des Sodërberg. La compagnie, qui s’appelait à l’époque Alcoa, est arrivée dans les années 20 à la recherche d’une grande quantité d’électricité à peu de frais. Elle s’est associée avec Duke, un milliardaire étatsunien qui avait acheté les droits hydrauliques sur le Saguenay et le Lac-St-Jean pour une poignée de dollars. La mise en marche de la centrale Isle-Maligne en 1926, le plus grand barrage au monde à l’époque, s’est faite de manière sauvage, au détriment de la classe agricole. On a créé de toutes pièces la ville d’Arvida (du nom du président d’Alcoa à l’époque ARthur VIning DAvis), ville entièrement construite puis contrôlée par la compagnie. Alcan, qui appartint pendant longtemps exactement aux mêmes actionnaires américains qu’Alcoa (A. V. Davis, les frères Mellon, etc.), aurait été fondée pour permettre à « l’entreprise canadienne » de maintenir un cartel de l’aluminium. Alcoa ne pouvait plus le faire parce que poursuivie aux États-Unis pour ses pratiques monopolistiques, en vertu de la même loi selon laquelle on poursuivait Microsoft et Bill Gates ces dernières années. On se demande encore pour quelles raisons Alcan a échappé à la nationalisation de l’électricité en 1962. On se demande encore pourquoi le gouvernement du Parti québécois, avec en tête Jacques Brassard, a renouvelé le bail de la Péribonka pour 75 ans en 1984, sans exiger un plancher d’emplois pour la région.

Pendant le conflit, le député Harvey a estimé à 500 millions $ par année l’avantage comparatif que retire Alcan de sa maîtrise de l’énergie hydroélectrique du Saguenay–Lac-St-Jean. Alcan n’a pas réfuté les chiffres, Margot Tapp, sa porte-parole, se contentant de dire que c’était complexe à calculer. Un des principaux enjeux du conflit est de savoir ce qui adviendra des 200 mégawatts libérés par l’arrêt de production des Sodërberg. « Nous nous battons pour nos enfants et nos petits enfants », ont souvent rappelé les syndiqués. De là leur exigence d’une usine de remplacement, pourtant promise par Alcan pour Jonquière. Mais c’était avant qu’Alcan avale Péchiney et achète 25 % des parts dans Alouette… Les syndiqués dénoncent un petit jeu de coulisses qui ferait sortir ce 200 mégawatts de la région pour produire ailleurs de l’aluminium.

Le syndicat a repris ses négociations avec Alcan pour établir le sort de chacun des 560 travailleurs touchés. « Nous continuerons la lutte, nous avons une responsabilité face aux générations futures. L’Alcan a des contrats signés avec GM. S’ils le voulaient, ils pourraient annoncer demain la construction d’un plan à Jonquière ». Alain Proulx ajoute : « Regardez notre fonds de pension, 1 milliard 200 millions $ et l’Alcan ne veut pas nous dire où s’en va notre argent. Ça ne se passera pas comme ça. En prenant des congés de cotisation, ils nous ont volé 150 millions $, c’est fini ce temps-là. Un des principaux enjeux de cette bataille est le contrôle des matières premières, mais on ne peut pas la faire tout seuls, il faut que ça se déplace sur le terrain politique. Là-dessus, la région a beaucoup de chemin à faire. »

Jean-Guy Girard

Journaliste indépendant, il s’est impliqué dans le lancement du journal À Cause ?, un mensuel régional indépendant tiré à 115 000 exemplaires qui n’a pas réussi à aller chercher suffisamment de publicité pour passer le cap d’une première année d’édition. Il est aussi comédien scripteur avec LA RIA, une troupe de théâtre d’intervention et, enfin, propriétaire du Gîte Almatoit."

Source du texte: Occupation de l’usine d’Alcan à Arvida / par Jean-Guy Girard
À bâbord !, No 04 - avril / mai 2004

mardi 23 décembre 2008

Appel à la solidarité avec Benjamin Nottaway, prisonnier politique Algonquin

Le Chef Benjamin Nottaway a été emprisonné pour 45 jours, sans compter les 2 semaines de détention avant procès, pour avoir manifester pacifiquement sur la route 117 afin que les accords signés de Lac Barrière soient honorés et que le gouvernement respecte la gouvernance coutumière de Lac Barrière.

Cet événement fait partie d'une tendance canadienne dans laquelle des chefs autochtones sont emprisonné(e)s pour s'être tenu debout pour leurs droits autochtones que la constitution reconnait. En Ontario, 6 leaders de la première nation Kitchenumahykoosib Inninuwug (KI) et Bob Lovelace ont été emprisonné pour quelques mois pour avoir manifester pacifiquement. Une décision qui a été renversée en cour d'appel.

Adresse pour envoyer des lettres de solidarité à Benjamin:

Benjamin Nottaway
Hull Detention Centre
P-6, D-3
75 Rue St. Francois
Hull, Quebec J9A 1B4



Plus d'informations:
Mercredi, le 10 décembre 2008

Juge du Québec emprisonne un Chef Algonquin pour deux mois à cause d'une démonstration pacifique : la Couronne demande un an pour envoyer « un message clair » à la communauté appauvrie


Kitiganik/Lac Rapide, Territoire Algonquin/ - Jeudi le 4 décembre un juge du Québec à reconnu le chef intérimaire de la communauté du Lac Barrière Benjamin Nottaway coupable de quarante-cinq jours en prison, en plus des quinze jours déjà servis en détention préventive, pour sa participation dans des blocus pacifiques mis en place pour attirer de l'attention sur les violations des droits de la communauté du Lac Barrière par les gouvernements canadiens et québécois.

La communauté du Lac Barrière demande que le Canada et le Québec s'engagent par écrit à respecter leurs ententes et que le gouvernement canadien mandate un observateur pour agir comme témoin lors de la sélection de nouveaux chefs, en accord avec le Code coutumier de gouvernance du Lac Barrière, et qu'il en reconnaisse les résultats.

« C'est honteux que le gouvernement du Québec préfère me mettre en prison plutôt que d'honorer leurs obligations légales en mettant en œuvre les traités signés », déclare le chef intérimaire Nottaway, un père de six qui passa son vingt-huitième anniversaire en prison jeudi passé. « Pendant ce temps, le gouvernement du Canada continue d'interférer dans nos affaires internes tout en essayant de se laver les mains de tout responsabilité pour cette situation. »

Nottaway a été reconnu coupable de trois chef d'accusation de méfait et de bris de conditions émanant des blocus de mars sur les voies d'accès du lac Barrière et d'un blocus, en novembre, de l'autoroute 117 à l'extérieur de la réserve de la communauté dans le nord du Québec. Un blocus en octobre a été démantelé violement par la police anti-émeute, par l'usage de gaz lacrymogène sur une foule contenant des aînés, jeunes et enfants. Plus de 40 membres de la communauté de 450 ont été chargés pour ces actions.

« Québec a maintenant rejoint l'Ontario, qui emprisonna les chefs de la première nation de Kitchenuhmaykoosib Inninuwug (KI) et des Algonquins d'Ardoch pour une démonstration pacifique. La méthode préférée des provinces pour s'occuper de nos droits semble être l'utilisation de la police et des tribunaux jusqu'à ce qu'on oublie que nous en avons, » avança Marylynn Poucachice, une porte-parole de la communauté qui fut arrêté durant le blocus de Novembre.

L'avocat de la couronne France Deschamps demanda au juge Jules Barrière une durée d'emprisonnement de 12 mois déclarant qu'un « message clair » était requis « pour faire en sorte que [les blocus] ne se produisent plus, que M. Nottaway n'aie plus envie de le faire, de le décourager et de décourager aussi le groupe – puisque M. Nottaway est là avec ses supporters et que tout le monde attend le verdict.» Le juge Barrière pointa que la demande de la couronne était « partiellement illégale », puisque 6 mois est la peine maximale pour des poursuites sommaires. Il était par contre en accord avec Deschamps sur le fait qu'une peine de prison était nécessaire déclarant qu'il était «important de passer dans la communauté un message clair. »

« Le seul message que les gouvernements canadiens et québécois envoient c'est leur volonté de criminaliser notre communauté et de séparer nos familles pour éviter d'avoir à mettre en œuvre des traités créant des précédents et de respecter nos coutumes de gouvernance, » ajouta Nottaway.

La communauté du Lac Barrière veut que le Canada et le Québec fassent respecter les ententes issues de l'accord trilatéral de 1991, un accord de développement durable et de cogestion des ressources, qui avait alors été applaudi par l'ONU et la Commission royale sur les peuples autochtones. Le gouvernement du Canada ne respecte plus l'accord depuis 2001. Le Québec a signé en 1998 un accord bilatéral, mais piétine malgré les recommandations soumises en 2006 par deux anciens ministres, John Ciaccia, représentant particulier pour le Québec, et Clifford Lincoln, représentant particulier des Algonquins du Lac Barrière déclarant que l'accord devrait être mis en œuvre.

Le 10 mars 2008, le gouvernement canadien révoqua la reconnaissance du Chef coutumier Benjamin Nottaway et de son Conseil et a mandaté un groupe d'une faction minoritaire qui, selon le Conseil des aînés du Lac Barrière, n'a pas été choisi dans le respect de leur Code coutumier de gouvernance. Le 2 et 3 mars, des membres de la communauté avaient érigés des blocus sur leurs routes d'accès pour empêcher les membres de cette faction minoritaire d'entrer dans la réserve en anticipant que le gouvernement canadien essaierait de s'immiscer illégalement dans la gouvernance interne du Lac Barrière pour la troisième fois en 12 ans.

En 2007, le juge Réjean Paul, de la Cour Supérieure du Québec, a émis un rapport qui concluait que le groupe reconnu par le gouvernement fédéral, lors du prétendu choix d'un chef en 2006, ne représentait qu'une « tres minorité » qui « ne respecte pas le Code coutumier de gouvernance »[1]. Le gouvernement fédéral a reconnu cette faction minoritaire après avoir mené un autre présumé processus de sélection en janvier 2008, même si, selon le rapport d'un observateur sur lequel se fiait le gouvernement, rien ne « garantissait » que le Code coutumier de gouvernance soit respecté [2].

Le Secrétariat de la nation algonquine, un conseil de bande regroupant trois communautés algonquines dont celle du Lac Barrière, reconnaît toujours le leadership de Benjamin Nottaway et continue de travailler avec lui et son conseil.

-30-

Contacts médiatiques :

Norman Matchewan, porte-parole Lac Barrière : 819 - 435 - 2171

Marylynn Poucachiche, porte-parole Lac Barrière (en anglais) : 819 - 435 - 2113


Notes:

[1] http://web.resist.ca/~barrierelakesolidarity/resources/Rapport_du_Juge_Paul-FR.pdf

[2]http://web.resist.ca/~barrierelakesolidarity/resources/Rapport-Riel.PDF

Source: http://solidaritelacbarriere.blogspot.com/

mercredi 17 décembre 2008

La crise et la corruption sème la colère en Islande

"Depuis le début de l’hiver, l’Islande fait face à la crise économique. Les trois grandes banques d’affaires ont été nationalisées, faisant peser leurs dettes sur les épaules de la population. Les gens ont perdu l’épargne de toute une vie, les prêts ont augmenté et atteignent des taux considérables (et pourtant ils étaient déjà très élevé). Chaque jour du mois de novembre, 200 personnes ont perdu leur emploi et de plus en plus de gens sont confrontés à la menace de perdre leur logement.


Les gens se mettent en colère, certains d’entre eux souhaitent revenir à la "bonne vielle" prospérité, tandis que d’autres, espérons la majorité, se rendent compte du coût réel du capitalisme. De plus en plus de gens se dressent contre la corruption et exigent une nouvelle forme de société - la société de la justice. Mais chaque jour, le gouvernement actuel prouve que son objectif principal est de sauver son cul et ceux de leurs amis. Un prêt du Fonds Monétaire International (FMI) a été accordé, probablement par intérêt pour lui : la privatisation des systèmes sociaux comme la santé ou l’éducation, et la destruction écologique de l’Islande.

Manifestations hebdomadaires

Depuis plus de 2 mois les gens se réunissent chaque semaine dans un parc en face du parlement. Les premières protestations exigeaient que le gouvernement "brise le silence" concernant la situation actuelle. Les gens en avaient assez qu’on ne leur dise pas ce qui se passe et ce que le gouvernement comptait faire à ce sujet.


Mais très vite les gens ont réalisé qu’il ne suffisait pas de demander au gouvernement de prendre la parole, alors les protestations ont pris une autre tournure plus radicale : la démission du gouvernement et de nouvelles élections dès que possible. Le gouvernement a complètement ignoré ces exigences et les gens étaient de plus en plus en colère.

Les anarchistes et autres radicaux de gauche sont venus à la plupart des protestations, mais pas pour protester contre la situation économique, pas pour demander au gouvernement des solutions, pas pour demander de nouvelles élections, pas pour demander à un membre du gouvernement, du Parlement ou de toute autre institution officielle de faire quelque chose pour « résoudre » la crise à laquelle nous sommes actuellement confrontés, mais pour diffuser les idées anarchistes et anti-capitalistes dans la population, analyser les problèmes de l’autorité et du capitalisme ainsi qu’encourager la population islandaise à prendre des mesures directes contre les forces de corruption."

La suite et un long album de photo ici...

dimanche 14 décembre 2008

Sur les émeutes en Grèce

"Zones de turbulences"
Christian Rioux
Le Devoir
vendredi 12 décembre 2008
http://www.vigile.net/Zone-de-turbulences

"Les six jours d’émeute qui viennent de se dérouler au pied du Parthénon peuvent passer pour un événement exotique. Une simple affaire européenne ou grecque sans grand rapport avec ce qui se passe dans le reste du monde. Sous l’oeil étonné des dieux antiques, qui en ont pourtant vu d’autres, la jeunesse athénienne a tenu tête aux policiers pendant six jours en plein centre d’Athènes, dans le quartier d’Exarchia, près de l’école polytechnique.

Les causes de ce soulèvement violent sont nombreuses et tiennent évidemment au contexte politique grec. Maladresses policières et corruption ont miné la crédibilité d’un gouvernement qui ne tient plus qu’à un fil. Mais surtout, les étudiants grecs sont les premiers à exprimer ouvertement leur colère face à une récession qui n’a pourtant encore montré que le bout de son nez. Or, le sort de la jeunesse grecque n’est pas si différent de celui que pourraient bientôt connaître les jeunesses française, allemande, américaine ou même québécoise.

***

Le jeune Alexis, 15 ans, qui a été tué par la balle d’un policier samedi soir, était un fils de bonne famille. Comme toute la jeunesse grecque, il n’avait jamais connu véritablement la crise. La Grèce fait partie de ces pays pour lesquels l’adhésion à l’Union européenne dans les années 80 a représenté le point de départ d’une croissance et d’une modernisation exceptionnelles. Depuis un quart de siècle, malgré des hauts et des bas, la jeunesse grecque n’a pratiquement connu qu’une économie en expansion. La croissance de la Grèce a été l’une des meilleures parmi les pays de l’OCDE et de l’Union européenne.

Avec un taux de chômage de 7 % chez les jeunes diplômés (contre 4,6 % en moyenne dans l’Union européenne), cette jeunesse voit pour la première fois son avenir s’assombrir. C’est la « génération à 700 euros », comme on la surnomme pour souligner la médiocrité du salaire mensuel qui attend les jeunes diplômés à la sortie des universités. Un salaire qui pourrait demain être remplacé par le chômage. Cette jeunesse a aussi le sentiment que les pouvoirs publics se désintéressent de l’éducation et qu’on l’abandonne à son sort. Pas besoin de beaucoup d’imagination pour imaginer que, demain, la jeunesse de nombreux pays, dont le Québec, pourrait avoir la même impression.

Mon collègue Gérard Bérubé rappelait cette semaine que la dernière véritable récession (classique et non technique) au Québec datait de 1992. La situation n’est pas très différente en Europe. Cela signifie que la génération qui est entrée sur le marché du travail au début des années 90 et qui a aujourd’hui de jeunes enfants n’a pratiquement jamais connu de récession. Elle affrontera pour la première fois l’incertitude économique qu’ont connue les générations précédentes, qui avaient traversé les graves récessions de 1992 et 1982. Qui se souvient que le Québec avait alors connu des taux de chômage de 15 % ?

L’extraordinaire croissance des 16 dernières années avait laissé planer l’illusion que nous en avions fini avec les récessions. Voilà qui explique en partie la panique que l’on sent dans certaines descriptions de la crise en cours. Sur le plan technique, il n’est pas faux de comparer la crise financière que nous vivons à celle de 1929. Mais l’évocation de la misère dans laquelle ont été plongés des millions de gens entre les deux guerres laisse pour l’instant songeur. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de soubresauts. Au contraire, ceux-ci pourraient être d’autant plus importants que les jeunes générations affronteront pour la première fois une situation à laquelle elles sont peut-être moins préparés que les précédentes. Comme pour les étudiants grecs aujourd’hui, l’éloge de la richesse et de l’argent facile qui a jalonné les années 1990 et 2000 leur apparaîtra tout à coup comme un horrible mensonge. Un miroir aux alouettes. Or, il n’y a rien de pire que de se sentir trahi."

vendredi 12 décembre 2008

Il y a bientôt 7 ans, mais on n’oubliera jamais

L’affaire Terry Lalo, c’est l’histoire d’un jeune Innu de 16 ans qui est décédé des suites de blessures graves infligées lors d’une poursuite policière à Sept-Îles le 15 avril 2002 à 4h du matin. Il s’agit d’une histoire encore très douloureuse où une fois de plus des policiers ont pu s’en tirer avec peu de réprimandes après avoir causé la mort d’un individu innocent.

Cette nuit là, l’agent de la Sûreté du Québec de Sept-Îles, Richard Turgeon, au volant d’un véhicule de police, avait entendu plus tôt qu’un vol par effraction avait été commis dans un dépanneur mais il n’y avait pas eu signalement de suspect, ni confirmation. Ayant aperçu, Terry, un jeune autochtone qui marchait bière à la main, l’agent se mit négligemment et sans motifs raisonnables à la poursuite de l’adolescent qui prit la fuite en courrant. L’agent Turgeon le happa alors avec l’auto-patrouille avant qu’il ne puisse s’échapper par un trou de la clôture d’un hôtel. Selon un expert ayant participé à l’enquête de la coroner, la voiture de police aurait par la suite poursuivi sa course et reculé alors que le jeune autochtone se trouvait sous le véhicule, des conclusions que cet expert modifia plus tard lorsque la cause fut portée devant le Comité de déontologie policière.

Pour punir cette négligence ayant causé la mort, le commissaire Paul Monty ordonna en août 2004, une simple suspension sans solde de 60 jours pour le policier Richard Turgeon pour « usage dérogatoire d'un véhicule de patrouille ». L’agent Turgeon fut également transféré à la Sûreté du Québec de St-Tite en Mauricie où il pu recommencer à travailler après la suspension.

Protestant contre cette incroyable injustice, la famille de Terry et leur avocat maintinrent que la peine était trop peu sévère pour un tel crime et que l’agent aurait dû être accusé d’autres chefs d’accusations : « ne pas s'être comporté de manière à préserver la confiance et la considération que requiert sa fonction, abus d'autorité, avoir violé le Code de la sécurité routière et avoir produit un faux rapport d'événement ».

S’en suivit donc une suite de requêtes judiciaires infructueuses qui ont coûté plus de 100 000$ à la famille, de quoi lever le cœur à propos de la double justice qui existe pour les policiers. Deux requêtes en révision judiciaire furent amenées par la famille et leur avocat devant le Comité déontologie policière et toutes deux furent rejetées par Me Mario Bilodeau sans que sa décision ne soit motivée. S’en suivit donc une coûteuse requête en Cour supérieure pour infirmer la décision de Me Bilodeau, mais le policier s’en tira à bon compte.

Un autre fait révoltant de l’affaire a récemment refait surface dans les nouvelles. Deux autres policiers de Sept-Îles, soit le caporal Rénald Cloutier et le lieutenant Jacques Thomassin, avaient tenus des propos racistes envers les autochtones sur les ondes du Centre de télécommunications de la SQ ce même 15 avril 2002. L’agent Thomassin avait alors dit, à propos du sort du jeune Terry, qu’il «ne volera pu» et Cloutier avait affirmé, en parlant d’un détenu autochtone, qu'il «faisait du chiard» pour avoir une cigarette «mais c'est pas grave, c'est un Indien».

En 2004, le comité de déontologie policière condamna Cloutier, qui était maintenant à la retraite, à un an de suspension de ses fonctions d’agent de la paix, en plus de 10 jours de suspension pour l’agent Thomassin. Devant la Cour du Québec, l’agent Cloutier porta par la suite l’affaire en appel en 2006, réussissant à porter sa condamnation à 2 mois. Vers la fin du mois de novembre 2008, la Cour supérieure prit la décision de confirmer la décision prise en 2004 de suspendre l’agent retraité pour un an. Mais voilà que le premier décembre, on pu apprendre que la Cour d’appel avait autorisé les deux policiers à en appeler de la décision. La cause devrait être entendue au palais de justice de Québec au printemps 2009, soit 7 ans après ces événements révoltants.


Que le message soit clair :
De Sept-Îles à Montréal, en n’oubliant pas Athènes et le reste du monde,
PLUS JAMAIS ne tolérons l’impunité policière, les enquêtes bidons et le racisme !
Tant qu’il n’y aura pas de justice, il n’y aura pas de paix !


Pour en savoir plus :
À la demande de la famille de Terry, une page web avait été ouverte pour diffuser une revue de presse sur les événements dans l’espoir que justice soit rendue : http://terrylalo.ift.cx/

L’émission Enjeux sur les ondes de Radio-Canada avait consacré la troisième partie d’un reportage sur l’omerta policière au jeune Terry Lalo. Il est possible de visionner cette partie à l’adresse :
http://radio-canada.ca/actualite/v2/enjeux/niveau2_2153.shtml

Voici où se trouve maintenant le lieutenant Thomassin :
http://www.sq.gouv.qc.ca/poste-mrc-d-avignon-et-de-bonaventure/

Dernières nouvelles :
http://fr.canoe.ca/infos/societe/archives/2008/11/20081127-120100.html
http://lejournaldequebec.canoe.ca/journaldequebec/actualites/archives/2008/12/20081201-174418.html


Photo de Terry - Radio-Canada

jeudi 11 décembre 2008

Chef Algonquin emprisonné

POUR DIFFUSION IMMÉDIATE

Mercredi, le 10 décembre 2008
http://solidaritelacbarriere.blogspot.com/
*Juge du Québec emprisonne un Chef Algonquin pour deux mois à cause d'une
démonstration pacifique : la Couronne demande un an pour envoyer « un
message clair » à la communauté appauvrie***

Kitiganik/Lac Rapide, Territoire Algonquin/ - Jeudi le 4 décembre un juge du Québec à reconnu le chef intérimaire de la communauté du Lac Barrière Benjamin Nottaway coupable de quarante-cinq jours en prison, en plus des quinze jours déjà servis en détention préventive, pour sa participation dans des blocus pacifiques mis en place pour attirer de l'attention sur les violations des droits de la communauté du Lac Barrière par les gouvernements canadiens et québécois.
La communauté du Lac Barrière demande que le Canada et le Québec s'engagent par écrit à respecter leurs ententes et que le gouvernement canadien mandate un observateur pour agir comme témoin lors de la sélection de nouveaux chefs, en accord avec le Code coutumier de gouvernance du Lac Barrière, et qu'il en reconnaisse les résultats.
« C'est honteux que le gouvernement du Québec préfère me mettre en prison plutôt que d'honorer leurs obligations légales en mettant en œuvre les traités signés », déclare le chef intérimaire Nottaway, un père de six qui passa son vingt-huitième anniversaire en prison jeudi passé. « Pendant ce temps, le gouvernement du Canada continue d'interférer dans nos affaires internes tout en essayant de se laver les mains de tout responsabilité pour cette situation. »
Nottaway a été reconnu coupable de trois chef d'accusation de méfait et de bris de conditions émanant des blocus de mars sur les voies d'accès du lac Barrière et d'un blocus, en novembre, de l'autoroute 117 à l'extérieur de la réserve de la communauté dans le nord du Québec. Un blocus en octobre a été démantelé violement par la police anti-émeute, par l'usage de gaz lacrymogène sur une foule contenant des aînés, jeunes et enfants. Plus de 40 membres de la communauté de 450 ont été chargés pour ces actions.
« Québec a maintenant rejoint l'Ontario, qui emprisonna les chefs de la première nation de Kitchenuhmaykoosib Inninuwug (KI) et des Algonquins d'Ardoch pour une démonstration pacifique. La méthode préférée des provinces pour s'occuper de nos droits semble être l'utilisation de la police et des tribunaux jusqu'à ce qu'on oublie que nous en avons, » avança Marylynn Poucachice, une porte-parole de la communauté qui fut arrêté durant le blocus de Novembre.
L'avocat de la couronne France Deschamps demanda au juge Jules Barrière une durée d'emprisonnement de 12 mois déclarant qu'un « message clair » était requis « pour faire en sorte que [les blocus] ne se produisent plus, que M. Nottaway n'aie plus envie de le faire, de le décourager et de décourager aussi le groupe – puisque M. Nottaway est là avec ses supporters et que tout le monde attend le verdict.» Le juge Barrière pointa que la demande de la couronne était « partiellement illégale », puisque 6 mois est la peine maximale pour des poursuites sommaires. Il était par contre en accord avec Deschamps sur le fait qu'une peine de prison était nécessaire déclarant qu'il était «important de passer dans la communauté un message clair. » « Le seul message que les gouvernements canadiens et québécois envoient c'est leur volonté de criminaliser notre communauté et de séparer nos familles pour éviter d'avoir à mettre en œuvre des traités créant des précédents et de respecter nos coutumes de gouvernance, » ajouta Nottaway. La communauté du Lac Barrière veut que le Canada et le Québec fassent respecter les ententes issues de l'accord trilatéral de 1991, un accord de
développement durable et de cogestion des ressources, qui avait alors été applaudi par l'ONU et la Commission royale sur les peuples autochtones. Le gouvernement du Canada ne respecte plus l'accord depuis 2001. Le Québec a signé en 1998 un accord bilatéral, mais piétine malgré les recommandations soumises en 2006 par deux anciens ministres, John Ciaccia, représentant particulier pour le Québec, et Clifford Lincoln, représentant particulier des Algonquins du Lac Barrière déclarant que l'accord devrait être mis en œuvre.
Le 10 mars 2008, le gouvernement canadien révoqua la reconnaissance du Chef coutumier Benjamin Nottaway et de son Conseil et a mandaté un groupe d'une faction minoritaire qui, selon le Conseil des aînés du Lac Barrière, n'a pas été choisi dans le respect de leur Code coutumier de gouvernance. Le 2 et 3 mars, des membres de la communauté avaient érigés des blocus sur leurs routes d'accès pour empêcher les membres de cette faction minoritaire d'entrer dans la réserve en anticipant que le gouvernement canadien essaierait de s'immiscer illégalement dans la gouvernance interne du Lac Barrière pour la troisième fois en 12 ans. En 2007, le juge Réjean Paul, de la Cour Supérieure du Québec, a émis un rapport qui concluait que le groupe reconnu par le gouvernement fédéral, lors du prétendu choix d'un chef en 2006, ne représentait qu'une « tres minorité » qui « ne respecte pas le Code coutumier de gouvernance »[1]. Le gouvernement fédéral a reconnu cette faction minoritaire après avoir mené un autre présumé processus de sélection en janvier 2008, même si, selon le rapport d'un observateur sur lequel se fiait le gouvernement, rien ne « garantissait » que le Code coutumier de gouvernance soit respecté [2]. Le Secrétariat de la nation algonquine, un conseil de bande regroupant trois communautés algonquines dont celle du Lac Barrière, reconnaît toujours le leadership de Benjamin Nottaway et continue de travailler avec lui et son conseil.
-30-
*Contacts médiatiques *:
*Norman Matchewan*, porte-parole Lac Barrière : 819 - 435 - 2171
*Marylynn Poucachiche*, porte-parole Lac Barrière (en anglais) : 819 - 435 - 2113

mardi 2 décembre 2008

Payez-la de votre peau…

« Als zum erstenmal das Wort “Friede” ausgesprochen wurde, entstand auf der Börse eine Panik. Sie schrien auf im Schmerz: Wir haben verdient! Lasst uns den Krieg! Wir haben den Krieg verdient! »

« Alors que pour la première fois le mot “Paix” était prononcé, un vent de panique souffla sur la bourse. Ils crièrent de douleur : nous avons gagné de l’argent ! laissez-nous la guerre ! nous l’avons méritée ! »

Karl Kraus - Aphorismen - Aphorismes

jeudi 27 novembre 2008

Jean-Jacques Rousseau serait abstentionniste

Le Devoir de philo - Jean-Jacques Rousseau serait abstentionniste (Le Devoir)
Francis Dupuis-Déri, Professeur au département de science politique de l'UQAM
Édition du samedi 09 et du dimanche 10 juin 2007


«À l'instant qu'un peuple se donne des représentants, il n'est plus libre ; il n'est plus», écrivait le philosophe

La philosophie nous permet de mieux comprendre le monde actuel: tel est un des arguments les plus souvent évoqués par les professeurs de philosophie pour justifier l'enseignement de leur matière au collégial. Le Devoir leur a lancé le défi, non seulement à eux mais aussi à d'autres auteurs, de décrypter une question d'actualité à partir des thèses d'un grand philosophe. Nous publions ici leur «devoir de philo», dont voici le dernier de la saison.

Au printemps 2007, deux élections présidentielles ont été marquées par des taux de participation très contrastés. En France, environ 85 % des inscrits aux listes électorales ont exprimé leur suffrage. Au Mali, le taux de participation n'était que de 36 %. Quant au Canada et au Québec, si la tendance se maintient, seulement 70 % des adultes inscrits sur les listes électorales voteront lors des prochaines élections. Le taux d'abstention était en effet de 29 % aux élections québécoises du 26 mars dernier, si on ne compte que les adultes inscrits. Lorsqu'on comptabilise l'ensemble des adultes en droit de voter et non seulement les inscrits sur les listes électorales, le taux d'abstention atteint en général 50 % au Canada et aux États-Unis.

La relecture de Jean-Jacques Rousseau peut aider à comprendre ce phénomène, car ce philosophe propose une des critiques les plus acerbes du processus électoral, mis à part, bien sûr, celles des auteurs anarchistes, qu'il précède et annonce.

Il n'y a rien d'étonnant à ce que des philosophes critiquent le système électoral puisqu'ils se targuent souvent de savoir dégager la vérité par la raison. Or c'est la force du nombre et non de la raison qui fait le résultat d'une élection et la majorité peut se tromper en ce qui a trait au bien et au bon.

Rousseau, dont la pensée n'est pas toujours cohérente à ce sujet, critique pour sa part l'élection non pas en affirmant que le peuple est fondamentalement irrationnel mais plutôt dans le cadre de sa dénonciation de l'élitisme et des inégalités entre les hommes (mâles).

Dans son ouvrage Du contrat social, Rousseau laisse entendre que c'est lorsqu'il cède son pouvoir à des dirigeants par le biais d'élections que le peuple fait preuve d'irrationalité. Évoquant l'Angleterre de son époque, où les hommes pouvaient élire les membres de la Chambre des communes, il explique que la «souveraineté ne peut être représentée», pas plus que la «volonté générale», avant d'ajouter, cinglant: «Le peuple anglais pense être libre; il se trompe fort, il ne l'est que durant l'élection des membres du parlement; sitôt qu'ils sont élus, il est esclave, il n'est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l'usage qu'il en fait mérite bien qu'il la perde.»

Les critiques que propose Rousseau de la représentation politique influenceront de nombreux activistes des mouvements populaires lors de la Révolution française. Ainsi, John Oswald, un Écossais qui se rend en France pour participer à la révolution et s'y faire tuer par des contre-révolutionnaires, signe un pamphlet intitulé Le Gouvernement du peuple, dans lequel il s'approprie les idées de Rousseau contre la représentation électorale. «Être libre, c'est vivre selon sa volonté; vivre selon la volonté d'un autre, c'est être esclave», déclare-t-il.

Il explique ensuite que «la représentation est le voile spécieux à l'ombre duquel se sont introduits tous les genres de despotisme», les uns se prétendant représentants de la lune, les autres du soleil ou des ancêtres, puis finalement de la nation.

Ces prétendus représentants de la nation ne la déclarent souveraine que dans la mesure où elle abdique cette souveraineté à leur profit, qu'elle la leur confie («Voilà le grand secret de la représentation!»). Or, rappellent Rousseau puis Oswald, cette représentation n'est toujours qu'une «fiction» relevant d'une pensée magique et malheureusement héritée du Moyen Âge féodal, d'où nous viennent les parlements institués alors par les rois pour les aider à lever taxes et impôts.

L'abstentionnisme philosophique

La relecture de Rousseau et de ses continuateurs révèle donc que l'abstentionnisme peut se justifier, au nom de la liberté et de l'égalité, dans le cadre de la tradition de la philosophie politique occidentale. Certes, les sciences sociales ont proposé diverses thèses mécaniques pour expliquer l'abstentionnisme dans les régimes libéraux contemporains.

Des études révèlent qu'on retrouve les plus forts contingents d'abstentionnistes dans les segments de la population les plus défavorisés et marginalisés, précisément parce qu'on y sait très bien que les élus, presque tous issus des classes supérieures, ne représentent pas leurs intérêts.

D'autres analyses indiquent que les politiciens eux-mêmes sont responsables du haut taux d'abstentionnisme en raison de la corruption endémique et des promesses non tenues qui minent la crédibilité de l'élite politique.

Pour certains, enfin, il est rationnel du point de vue individualiste de ne pas se déplacer pour aller voter dans la mesure où un vote individuel a un effet infinitésimal, voire nul, sur le résultat global du scrutin.

Au-delà de ces considérations sociologiques, la tradition de la philosophie politique occidentale propose, de Platon à Rousseau, de considérer l'élection comme une pratique aristocratique plutôt que démocratique. Dans son Projet de constitution pour la Corse, Rousseau rappelle ceci: «Quand l'autorité suprême est confiée à des députés, le Gouvernement [...] devient aristocratique.» Des trois types de régimes purs, soit la monarchie (un seul gouverne), l'aristocratie (une minorité gouverne) et la démocratie (la majorité ou la totalité gouverne), l'élection relève bel et bien de l'aristocratie puisqu'elle offre la gouverne à une minorité.

Au Québec, il s'agit même d'une minuscule clique de 125 personnes qui, seules, siégeront à l'Assemblée nationale. Cette aristocratie est «élective» plutôt qu'héréditaire, mais elle reste tout de même aristocratique, selon Rousseau. Si cette aristocratie élue se contentait d'exécuter les lois produites lors de délibérations par le peuple assemblé, ce dernier pourrait encore être considéré comme souverain, donc libre. Mais quand l'aristocratie seule exécute des lois qu'elle a elle-même produites, alors le peuple est esclave. Qu'il choisisse ses maîtres n'y change rien.

Le Directeur général des élections du Québec (DGE) bataille fort pour fouetter l'ardeur des électeurs potentiels. Il a ainsi consacré sept millions de dollars à une campagne d'information auprès des électeurs pour le scrutin de mars dernier au Québec. Au-delà de cette dépense ponctuelle considérable, le DGE produit et propose un ensemble de documents de propagande pro-électorale à l'intention des élèves des écoles secondaires.

Il offre gratuitement, en collaboration avec le ministère de l'Éducation, du matériel pour organiser les élections des conseils d'élèves, soit des répliques à l'identique des urnes électorales, des isoloirs, un Guide de l'électeur et de l'électrice, des dépliants et des banderoles pour convaincre les jeunes que voter est l'acte citoyen le plus important dans lequel réside le pouvoir politique.

Le DGE, qui considère l'élection d'un conseil comme «une activité de formation», cherche à convaincre les jeunes que «l'électeur est l'acteur central du système électoral». Ce discours escamote néanmoins deux réalités banales, soit que c'est l'élu et non l'électeur qui détient vraiment le pouvoir et qu'il existe diverses conceptions plus participatives de la politique et de la démocratie. (Pour une analyse détaillée du discours du DGE, voir mon article: «Les élections de conseils d'élèves», Revue des sciences de l'éducation, volume 32, n° 3, 2006.)

Le DGE a même sommé la coalition abstentionniste «Nous, on vote pas!» de fermer son site Internet (www.nousonvotepas.org). Cette coalition avait été formée à l'hiver 2007 par des organisations anarchistes basées au Québec, soit la Fédération des communistes libertaires du nord-est (NEFAC) et le Réseau anarchiste en milieu étudiant (RAME).

Les anarchistes, qui aspirent à une égalité véritable et fonctionnent en principe sans chef(s) dans leurs propres organisations, partagent une vision très critique des élections, qui impliquent nécessairement des dominants (les élus) et des dominés (les autres).

Le site Internet de la coalition proposait divers documents abstentionnistes, dont des textes classiques et contemporains d'anarchistes critiquant les élections, ainsi qu'un journal intitulé L'Urne, en première page duquel on pouvait lire ce slogan provocateur: «Nous étions dans la rue, le pouvoir tremblait... nous allons voter, le pouvoir est rassuré!»

Or le site contrevenait aux dispositions de la Loi électorale, qui stipule qu'un «électeur ou un groupe d'électeurs doit impérativement obtenir une autorisation» du DGE pour «prôner l'abstention ou l'annulation du vote»! Forcer des anarchistes à s'enregistrer auprès du DGE, voilà un paradoxe politico-bureaucratique qu'aurait apprécié le romancier Franz Kafka...

Quant à Rousseau, il aurait sans doute qualifié l'attitude du DGE de censure illégitime. Rousseau expliquait en effet, toujours dans Du contrat social, que la censure peut être légitime si elle émane de l'opinion publique et correspond aux choix et aux moeurs du peuple. À l'inverse, il serait vain et illégitime qu'une autorité censure des choix ou des comportements qui relèvent de la volonté générale. La censure, dit Rousseau, «peut être utile pour conserver les moeurs, jamais pour les rétablir».

Or le DGE devrait admettre ce qui pour lui est sans doute inadmissible, soit que l'abstentionnisme relève de moeurs politiques communément partagées par 50 % des adultes en droit de voter. En bref, le contingent des abstentionnistes obtient le plus souvent la majorité simple lors des élections, battant en nombre les électeurs du parti élu, qui prétend ensuite représenter l'ensemble de la nation.

Démocratie: liberté et égalité

S'il rejette les élections, Rousseau explique à plusieurs occasions dans son oeuvre que la liberté politique n'existe que lorsque le peuple s'assemble pour délibérer et produire les lois qui le gouvernent. Mais peut-on aujourd'hui vivre en démocratie (directe)?, ripostent les personnes qui espèrent se convaincre, par cette dérobade, que la liberté et l'égalité restent possibles sous le règne d'une aristocratie élue.

Rousseau connaissait bien ce type de réaction: «Le peuple assemblé, dira-t-on! Quelle chimère! C'est une chimère aujourd'hui, mais ce n'en était pas une il y a deux mille ans (à Athènes, par exemple). Les hommes ont-ils changé de nature?» En tout cas, plusieurs d'entre eux ont assurément réduit leurs normes de liberté, et même d'égalité, se croyant libres et égaux alors qu'ils se nomment eux-mêmes des maîtres.

La critique de l'élection de Rousseau est liée à deux idées maîtresses. D'abord, la liberté politique n'est possible que dans de petites entités politiques. Ensuite, elle va de pair avec une certaine égalité économique, laquelle évite «que nul citoyen ne soit [...] assez pauvre pour être contraint de se vendre».

La démocratie sous sa forme directe

C'est ici, particulièrement, que Rousseau annonce les propos des anarchistes abstentionnistes d'aujourd'hui, qui favorisent à la fois l'autogestion et la lutte anticapitaliste. C'est seulement si cette condition d'égalité économique est remplie que «le plus grand bien de tous» devient possible à réaliser, soit une liberté et une égalité véritables. Celles-ci sont inconcevables dans un régime électoral qui produit par définition une inégalité entre des gouvernants et des gouvernés.

Aux yeux de Rousseau -- et les anarchistes d'aujourd'hui ne disent pas autre chose --, il n'y a de démocratie que sous sa forme directe, laquelle d'ailleurs encourage la participation citoyenne bien plus que le processus électoral puisque c'est au fil des délibérations du peuple que la véritable éducation politique se forge.

Contre Rousseau et les anarchistes d'aujourd'hui se mobilisent bien des acteurs sociaux, dont des figures publiques. L'animateur Bernard Derome, par exemple, déclarait sur les ondes de Radio-Canada, le soir des élections fédérales de 2004, que le taux d'abstention «n'est pas très édifiant». Jacques Moisan, l'animateur du débat des chefs de parti lors des élections provinciales de mars 2007, concluait le spectacle en affirmant d'un ton solennel que voter n'est pas seulement «un droit», c'est surtout une «responsabilité».

Plus philosophique, le DGE propose des slogans envoûtants lors des campagnes électorales, comme «Je pense, je vote!» ou «Je m'exprime, je vote!» Voilà qui présente l'abstentionnisme comme relevant de la non-pensée, de la non-expression, du non-être. Relisant Rousseau, un abstentionniste aujourd'hui pourrait toutefois retourner le compliment: «Je pense et je m'exprime, donc je m'abstiens!»

Cette idée ferait écho à Oswald, pour qui «déléguer à autrui le soin de penser pour nous nous fait insensiblement désapprendre à penser tout à fait». Et à Rousseau, bien sûr, selon qui les électeurs incarnent le non-être: «À l'instant qu'un peuple se donne des représentants, il n'est plus libre; il n'est plus.»

mardi 25 novembre 2008

Du sable dans la plaie : les pensionnats autochtones

L’article ci-dessous traitera des pensionnats autochtones, seules écoles auxquelles les autochtones ont été confiné(e)s durant près d’un siècle au Canada. Il témoigne de l’influence idéologique (ici, le colonialisme) qui peut teinter l’organisation scolaire d’un groupe spécifique à l’intérieur de la société.


L’histoire des pensionnats autochtones s’inscrit dans le contexte et les modes de pensée de la colonisation des Amériques, notamment par la France et l’Angleterre. Voyons d’abord quelques faits sur le phénomène. Au Canada, plus de 100 000 autochtones auraient fréquenté ces établissements à partir de 1831. Ils étaient gérés par les communautés ecclésiastiques et devinrent de responsabilité fédérale en 1867 avec l’Acte de l’Amérique du Nord britannique.

L’Éducation promulguée par ces institutions était faite dans une idée assimilatrice des nations autochtones(« sortir l’indien en l’enfant »), les considérant arriérées. L’idéologie ("humaniste" et religieuse) qui soutenait les visées éducatives des écoles était implicitement raciste imposant la culture dominante (coloniale) comme seule et unique culture véritable et allant jusqu’à considérer les autres peuples de « races inférieures ». Dans ces institutions, communiquer dans les langues autochtones ou entrer en contact avec les communautés leur était totalement interdit. De très nombreux cas de mauvais traitements et d’agressions physiques, sexuelles et psychologiques ont été rapportés.

En 1876, avec la Loi sur les indiens, tous les enfants autochtones devinrent sous la tutelle du gouvernement, déclenchant l’acculturation des peuples autochtones, dont plusieurs vivaient encore pas mal comme ils vivaient traditionnellement. Le choc de la séparation dès le très jeune âge, en plus des mauvais traitements dans les pensionnats autochtones comptent parmi les principaux facteurs du taux très élevé de problèmes sociaux aujourd’hui observables dans les réserves indiennes. Les portes de ces pensionnats ne furent définitivement fermées que durant les années 1970.

Une trentaine d’année plus tard, le 11 juin 2008, voilà que le premier ministre du Canada, Stephen Harper, après avoir refuser de signer la Déclaration des Nations Unies sur les droits peuples autochtones, a déclaré des excuses officielles pour les mauvais traitements subis par les autochtones dans les pensionnats. L’excuse n’a rien de véritable pour l’Association des Femmes Autochtones du Québec qui dénonce les politiques contradictoires du gouvernement [1]. À l’approche des Jeux Olympiques de Vancouver et en l’occurrence d’un intense mouvement de contestation, particulièrement chez les autochtones qui dénoncent le Canada comme un état colonialiste, il est tout à fait plausible que par ce geste, le premier ministre voulait attirer l’opinion publique en se montrant favorable aux droits des premières nations sans s’engager à respecter ceux-ci.

Maintenant en 2008, je vous invite, pour terminer, à réfléchir à cette question : Avons-nous réellement appris quelque chose de cette histoire ?


Références:
[1] Femmes Autochtones du Québec, « L’Association des Femmes Autochtones du Québec répond aux excuses du gouvernement Harper », [document en ligne] lu le 2 novembre 2008, http://sisyphe.org/spip.php?article3007

jeudi 20 novembre 2008

Menace de squat écartée par le CA de Loge m'entraide

Trois bâtiments scolaires de Chicoutimi risquent d'être prochainement démoli comme l'a annoncé la présidente de la Commission scolaire des Rives du Saguenay durant le mois d'octobre. Loge m'entraide a dès lors proposé la récupération des bâtiments existants en logements sociaux. Un peu plus récemment, des militant(e)s de Loge m'entraide avait proposé de squatter les bâtiments pour en empêcher la destruction. Les deux communiqués suivant en disent plus long.


28 octobre :

« S’IL LE FAUT, NOUS IRONS SQUATTER

AVEC LES AUTRES SQUATTERS POUR ÉVITER

LA DÉMOLITION », S’EXCLAME SONIA CÔTÉ

Devant l’idée de démolir 3 bâtiments scolaires situés dans le secteur de Chicoutimi tels que le Centre Valin, l’Atelier et l’École St-Jean-Baptiste, annoncée par la présidente de la Commission scolaire des Rives du Saguenay la semaine dernière, Sonia Côté, coordonnatrice de Loge m’entraide a demandé le 21 octobre 2008, une rencontre de toute urgence pour récupérer ces immeubles et les convertir en 24 logements sociaux.

Ce qui fait craindre le pire à Mme Côté, c’est le fait de ne pas avoir reçu encore de nouvelle de la présidente : « Le mutisme de la Commission scolaire n’est absolument pas de mise actuellement puisque le temps joue contre nous ! Avouons que cela ne démontre pas un très grand intérêt de la part de la CSRS à sauver ces 3 immeubles d’une démolition qui s’avère presque certaine ! ».

Histoire

Rappelons qu’en juin 2005, Loge m’entraide avait fait des démarches pour acquérir ces 3 immeubles. En décembre 2005, Loge m’entraide a déposé au directeur des ressources matérielles de la Commission scolaire une Étude de viabilité, des Plans et devis, une promesse d’achat de 20 000 $ et une lettre du Maire Jean Tremblay qui offrait son entière collaboration pour aider à fonder ce futur projet de coopérative d’habitation.

Loge m’entraide était alors prêt à enclencher les démarches pour fonder les 24 logements sociaux mais la Commissions scolaire a alors retardé le processus jusqu’en août 2006, permettant ainsi à un autre promoteur d’acquérir ces 3 immeubles pour 75 500 $.

Acheter des immeubles est irréaliste

Pour Mme Côté, une des raisons qui fait que le promoteur a échoué est en lien avec l’offre d’achat amputant dès le départ la viabilité du projet : « Pour réussir à fonder des Coopératives d’habitation, nous devons obtenir une contribution du milieu, c'est-à-dire des partenaires qui acceptent au nom de la lutte à la pauvreté, de se départir de leurs bâtiments à moindre coût sans quoi, les projets deviennent quasi impossible à fonder ! ».

Sonia Côté nomme deux exemples pour venir soutenir cette analyse : « Deux cessions d’immeubles scolaires pour la modique somme de 1.00 $ auront permis à Loge m’entraide de fonder 20 logements sociaux dans l’ancienne école St-Philippe de l’arr. Chicoutimi en juin 2005 et d’en fonder 27 autres en octobre 2008 dans l’ancienne école St-Alfred de l’arr. Jonquière ».

Squatter s’il le faut

Sonia Côté promet de faire tout en son pouvoir pour éviter cette démolition. Elle conclut: « S’il le faut, nous irons squatter avec les autres squatters jusqu’à ce que la Commission scolaire recule devant la démolition »."


11 novembre :

"La menace de squat écartée par le

Conseil d’administration de Loge m’entraide

LÉGALITÉ ET SÉCURITÉ

AU CŒUR DE LA DÉCISION

Après avoir analysé toutes les stratégies pour sauver les 3 immeubles scolaires menacés de démolition dans le secteur Nord de Chicoutimi, les membres du Conseil d’administration de Loge m’entraide ont pris la décision d’écarter la menace du squat.

En effet, en compagnie de la coordonnatrice de Loge m’entraide Sonia Côté, les membres du Conseil d’administration ont tenu une réunion spéciale mardi soir (11 novembre) pour décider oui ou non de mettre à exécution leur menace de squatter les immeubles Valin, l’Atelier et l’école St-Jean-Baptiste pour les sauver d’une démolition certaine.

Quatre raisons ont mené à cette décision

Selon Sonia Côté, voici les 4 raisons majeures qui ont fait en sortes d’en arriver à écarter le squat :

  1. « À court terme, cette désobéissance civile ne donnera pas les fruits escomptés car le temps que nous prendrons à squatter les bâtiments nous ampute pour organiser d’autres actions avant le 21 novembre, jour des soumissions »

  1. « La meilleure stratégie dans ce contexte particulier est d’agir légalement, dans le respect de la loi et de façon pacifique à la fois pour ne pas nuire à la cause et pour éviter que nos militants fassent face à des poursuites criminelles »

  1. « N’étant plus une menace maintenant pour la Commission scolaire, nous croyons que l’argent des contribuables sera plus profitable dans leur coffre que de la dépenser pour payer un gardien jour et nuit »

  1. « En entrant dans un immeuble par infraction, il y a des risques de blessures et la santé de nos militants est trop précieuse pour risquer des conséquences physiques qui pourraient être sérieuses».

Courrier Express à la Ministre de l’Éducation

L’action qui a été privilégiée par les membres du Conseil de Loge m’entraide est de réclamer une intervention immédiate de la Ministre de l’Éducation pour stopper le processus de démolition. Loge m’entraide postera mercredi matin une lettre par courrier Express à la Ministre de l’Éducation pour qu’elle ordonne à la Commission scolaire de stopper les travaux de démolitions malgré les soumissions des entrepreneurs qu’elle recevra le 21 novembre.

Loge m’entraide informera aussi par écrit la Ministre de l’Éducation que cette démolition coûtera aux contribuables plus de 250 000 $. Avec l’expertise d’architectes et du GRT avec qui nous travaillons en partenariat, nous avons la conviction que 2 des 3 bâtiments ( Centre Valin et l’Atelier ) sont des immeubles en bon état puisque dans un cas, la structure est faite d’acier et les planchers en béton, et dans l’autre, cette construction date d’environ 15 ans tout au plus.

Taux d’inoccupation à 1,8 %

Loge m’entraide croit dur comme fer, appuyé par les architectes et les experts dans le dossier, que le Centre Valin et l’Atelier sont des immeubles en bon état et qu’il n’y a aucune raison de les démolir. Sonia Côté: « Dans un contexte où le taux d’inoccupation des logements à Saguenay est à 1,8 % ce n’est pas le temps de démolir mais bien de construire ».

Sonia Côté espère que la Commission scolaire n’a pas l’intention de céder les terrains à des promoteurs privés pour des fins de condos de luxe : « La Commission scolaire doit garder son intention première qu’est de combattre la pauvreté en permettant la construction de logements sociaux sur ces terrains si la démolition s’avère réaliste ». "