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mercredi 25 mars 2009

Conférence du Collectif Emma Goldman (Saguenay) à St-Félicien

Le 24 mars dernier, des militant(e)s du Collectif Emma Goldman (Saguenay) de l'Union Communiste Libertaire ont été invité(e)s à venir tenir des activités à St-Félicien, par des militant(e)s locales/aux intéressé(e)s au communisme libertaire. Le collectif a tenu un kiosque d'information durant le midi. En soirée, à 19 heure, 22 personnes sont venues à une conférence au cégep "Brisons les chaînes de l'oppression", dont quelques personnes de Roberval, annoncée dans l'école et dans le journal étudiant. La conférence a traité de l'UCL, de communisme libertaire, du collectif Emma Goldman et des principes du privé est politique et de l'éthique libertaire. La présentation semble avoir suscité un grand intérêt.

Un signe que l'anarchisme s'implante dans la région, petit à petit...
Vivà

jeudi 22 janvier 2009

Qu'est-ce que la propriété?

Lu sur Le blog flegmatique d'Anne Archet :

«C’est le vol», répondait Pierre-Joseph. «C’est la liberté», répond à peu près tout le monde cent soixante-dix ans plus tard.

Quant à moi, je dis bien humblement que la propriété, c’est la clôture.

Parmi les nombreux mensonges qui permettent le maintien de la domination du capital est l’idée que la propriété est synonyme de liberté. Ce fut le credo de la bourgeoisie triomphante lorsqu’elle se mit à couvrir le globe de clôtures et de barrières ― barrières physiques, barrières légales, barrières morales, sociales, raciales, militaires… bref, tous les dispositifs jugés nécessaires pour enclore les richesses spoliées du monde et ainsi s’assurer que les multitudes crasseuses et laborieuses n’y aient pas accès.

Nous sommes ces multitudes, nous qui nous nous faisons servir quotidiennement ce mensonge. Depuis que nos ancêtres ont été «délivrés de leurs chaînes» et de leurs terres, nous sommes libres de choisir entre crever de faim ou vendre notre vie et notre temps au premier maître disposé à les acheter. On nous qualifie de «main d’œuvre libre» puisque, contrairement au bétail, nos maîtres n’ont pas à se soucier de notre entretien et de notre survie ― notre force de travail étant la seule marchandise monnayable que nous détenons. On nous raconte que nous pouvons disposer de notre corps et de notre vie comme nous l’entendons, même si dans les faits l’essentiel de notre temps est consacré à assurer péniblement notre survie.

La propriété, nous dit-on, est un bien qu’on peut acheter avec de l’argent, ce qui signifie que la liberté réside dans ces objets et augmente avec leur accumulation. Dans la poursuite de cette liberté qui n’est jamais atteinte, nous nous enchaînons à des activités que nous n’avons pas choisies, abandonnant toute velléité de choisir par nous-mêmes dans le but de gagner l’argent qui est censé nous permettre d’acheter la liberté. Alors que notre vie se consume à petit feu au service de projets qui n’ont jamais été les nôtres, nous dilapidons notre salaire en jouets et en divertissements divers, en thérapies et en pilules ― les anesthésiques habituels qui nous empêchent d’apercevoir la vérité derrière le mensonge de la propriété.

Car la propriété, dans les faits, n’est pas l’objet qui est possédé, mais bien la barrière ― la barrière qui nous enferme, la barrière qui séquestre, toutes les clôtures, tous les murs érigés pour nous exclure de notre propre vie, pour faire en sorte qu’aucun individu sur terre ne pourra jamais se réaliser pleinement, ne pourra jamais aller au bout de ce qu’il peut.

Il faut comprendre la propriété comme une relation sociale entre les objets et des individus médiée par l’État et le marché. La propriété ne peut exister sans l’institution étatique qui concentre le pouvoir dans des institutions de domination; sans les lois, les armes, les flics, les tribunaux et les prisons, la propriété ne pourrait avoir aucune base, aucune réalité tangible.

On pourrait même dire que l’État est en lui-même l’institution de la propriété, car qu’est-ce que l’État sinon un réseau d’institutions par lesquelles un pouvoir s’exerce sur un territoire donné et qui font en sorte que les ressources sont contrôlées par la force des armes ? Toute propriété est ultimement propriété étatique puisqu’elle n’existe que sous la permission et la protection de l’État. Cette permission et cette protection peuvent être révoquées en tout temps et pour n’importe quelle raison, ce qui a pour conséquence de retourner la propriété à l’État. Je ne veux pas insinuer ici que l’État est plus puissant que le capital, mais plutôt que ces deux institutions sont si inextricablement liées qu’elles constituent un seul et unique ordre de domination et d’exploitation. Et la propriété est l’institution grâce à laquelle cet ordre exerce son pouvoir dans notre vie quotidienne en nous obligeant à travailler et à payer, ce qui lui permet de se maintenir et de se reproduire.

La propriété est donc le fil barbelé, l’étiquette de prix, le chien de garde, la caméra de sécurité, l’agent de police. Le message que tout ceci véhicule est limpide : on ne peut jouir de rien sans permission et cette permission ne peut être donnée que par l’État contre paiement en espèces sonnantes et trébuchantes. Dans ses conditions, comment se surprendre que le monde de la propriété, régi par le marché et l’État, est un monde appauvri où le manque et non la satisfaction domine l’existence. La poursuite de la liberté individuelle, bloquée à chaque détour par une clôture, y est remplacée par une compétition stérile et pour accumuler toujours plus d’objets parce que dans ce monde, la valeur de l’individu se mesure à la quantité de choses qu’il peut détenir.

Nous sommes tous enchaînés au monde froid et réifié de l’étiquette de prix.

S’attaquer aux objets détenus par les maîtres du monde ― faire éclater les vitrines des banques, incendier les voitures des flics, saboter la machinerie industrielle ― est certainement valable et légitime, ne serait-ce que pour le plaisir que de tels gestes procurent. Mais il faut aller plus loin, beaucoup plus loin, et s’attaquer à l’institution de la propriété : à chaque barrière physique, légale morale ou sociale. C’est à ce prix que nos désirs seront réalisés et que nous pourrons, un jour, nous réapproprier notre existence et enfin vivre selon nos propres termes.

mardi 20 janvier 2009

Rappel: 25 Janvier à Chicoutimi

Le 25 janvier à Chicoutimi, au Café Cambio(rue racine) aura lieu à 17h30 une assemblée publique de lancement du collectif Emma Goldman au Saguenay, membre de l'Union Communiste Libertaire. Il y aura aussi à l'occasion le lancement du livre "Sur les traces de l'anarchisme au Québec" avec son auteur, Mathieu Houle-Courcelles.

samedi 17 janvier 2009

Bulletin d'info libertaire

Bulletin d'info libertaire - Saguenay, produit et distribué à plus d'une centaine de copie sans monétariat. Concentré sur l'information locale, le bulletin traite des élections municipales à venir, de la création du collectif Emma Goldman et de la crise économique pour un public large. N'hésitez pas à laisser un courriel en commentaire (arobas changé par [at] pour ne pas recevoir de spams) pour recevoir le fichier pdf imprimable et photocopiable à volonté.
2009 au Saguenay
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P.S. Dans l'écran de visualisation du document appuyez sur l'écran de projecteur sur deux pattes en bas à gauche pour pouvoir mieux voir la feuille(pleine écran).

mercredi 7 janvier 2009

Quelques pistes sur 2009 au Saguenay

Le Quotidien, Rocket Lavoie

Joyeuse année 2009!

Et oui, une autre année qui commence et y'a pas le choix de l'accepter, faut s'y faire. Une année qui s'annonce déjà parsemée d'activités et, ce message pour preuve. S'en ajoutera assurément davantage en cours de route, mais je profite de cet fin de répit des fêtes pour faire part de quelques trucs annoncés.

2009 sera une année électorale dans ville-Saguenay. Notre candidat vedette Jean Tremblay (voir ici les articles consacrés à lui sur ce blog), aurait vraisemblement l'assurance de se faire réélire si on peut en croire Carol Néron dans Le Quotidien. Et, bien que le Maire Tremblay assume le poste de Maire de la ville depuis 1997, époque Chicoutimi précédant les fusions municipales, notre éditorialiste bien propre aux idées du Quotidien y va, dans le même article, d'un "Chez nous, la démocratie se porte très bien merci. À observer ce qui se passe ailleurs dans le monde, disons que nous avons le droit de critiquer, mais en aucun cas, surtout, celui de nous plaindre." Et bien, peu sert de se plaindre, ce sera un temps idéal pour manifester notre désir d'un changement profond de ce qui peut subsister de "démocratie municipale" à Saguenay avec un maire aussi autocratique que monsieur Tremblay et d'amener sur la place publique des perspectives libertaires envisageables ici et maintenant.

D'autre part, 2009 verra aussi la création d'un collectif de l'Union Communiste Libertaire au Saguenay, le collectif Emma Goldman. L'UCL est une nouvelle organisation au Québec née d'une refondation de la Fédération des communistes libertaires du Nord-Est (NEFAC) et qui compte maintenant 7 collectifs dans la province : Sherbrooke, Montréal, Trois-Rivières, Drummondville, Québec, St-Jérôme et Saguenay. Au Saguenay, le Collectif de Résistance Anti-Capitaliste (CRAC) a pris la décision de prendre part à cette organisation anarcho-communiste québécoise. Je vous suggère de consulter leur blog au cours du mois de Janvier et des prochains afin d'être informé(e) des activités à venir ou de communiquer directement avec elles et eux via courrier électronique. Sans voler le punch, il y aurait entre autres au programme, deux assemblées publiques de lancement du collectif prévues vers la fin janvier et au début de février et une manifestation prévue dans les rues de la ville pour la Journée Internationale des Femmes, le 8 mars. Restez à l'affut pour être au courant!

Même si la confiance s'avère encore plutôt bonne, on sentira sans aucun doute les durs coups de la crise financière durant l'année. De crise causée par les ventrus du marché(lire riches propriétaires), le gouvernement tentera à coup sûr de refiler la facture aux travailleurs et travailleuses, fidèle au bon vieil adage: Socialisation des pertes et privatisation des gains! Les subventions que le gouvernement accorde à coup de milliards aux plus grandes entreprises industrielles pour quelques mois de fonctionnement devront être remboursées tôt ou tard, alors que selon les plans du premier sinistre Harper, les entreprises paieront de moins en moins de taxe. Pour la région, la crise sera encore plus dramatique puisque, des industries présentes, nous dépendons particulièrement des exportations vers les États-unis et ailleurs. De plus, le taux de chômage étant déjà plutôt élevé par rapport au reste du Québec, celui-ci s'élèvera certainement à des seuils critiques. On pouvait, au mois de décembre, voir la façon que la justice canadienne a traité la perception illégale par le gouvernement fédéral de 54 milliards de $ de l'argent des cotisations d'assurance-chômage. C'est carrément scandaleux! Et là-dessus, il sera définitivement nécessaire de s'organiser dans l'année qui commence pour faire entendre tout(e)s ceux et celles qui sont laissé(e)s sans voix dans ce cirque politique et capitaliste, où les puissants avares chercheront comme toujours à se faire du profit.

En 2007, les 100 PDGs les mieux payé(e)s au Canada ont reçu, en moyenne, une augmentation salariale de 22%, et vous?


Alors 2009 est là, on se revoit sur le terrain des luttes!

dimanche 4 janvier 2009

Palestine - Israël : information des Anarchistes contre le mur en zone de guerre

"dimanche 4 janvier 2009

(Traductions d’articles du site des anarchistes contre le mur et du blog de Ilan Shalif)

L’assaut le plus brutal d’Israël contre Gaza depuis 1967 - sous le nom de code “Opération Plomb Chargé” - qui a commence le samedi 27 décembre et a tué 250 palestiniens dès le premier jour, a rencontré une condamnation généralisée partout dans le monde, et des protestations en Israël aussi.

Vendredi 26 décembre. Les protestations avaient déjà commencé le jour précédent l’offensive aérienne israélienne « choc et crainte », quand des activistes ont manifesté dans le cœur de Tel Aviv, pour avertir contre l’escalade des menaces et l’appel à des pour-parler de paix avec les officiels démocratiquement élus de Gaza. Cette manifestation, appelée par la Coalition contre le siège de Gaza, a été virtuellement ignorée par les principaux médias israéliens.

Le samedi 27 décembre, alors que nous apprenions le carnage et la dévastation cause par les avions de guerre israéliens infligés au matin sur une population gazaouie assiégé et déjà souffrante, les activistes des Anarchistes contre le mur (ACM) ont rejoint une centaine de manifestants en colère dans une manifestations spontanée dans la ville de Jaffa (beaucoup d’habitants locaux ont de la famille dans la bande de Gaza, étant donné qu’une grande part de la population de Jaffa a été forcée de fuir vers Gaza en 1948)

Au même moment, des manifestations ont explosé dans une douzaine de villes et de village de Cisjordanie, ainsi qu’à Jérusalem est, la plupart du fait d’affrontements entre de jeunes Palestiniens et les troupes Israéliennes. Plus tard dans l’après-midi, les ACM ont participé avec des membres d’autres organisations, dans une marche de protestation de plus d’un millier de juifs et d’arabes dans les rues de Tel Aviv. Les manifestants ont mené une marché énergique et chargée d’émotion du square de la Cinémathèque jusqu’au ministère de la défense, en criant « l’occupation est du terrorisme » et portant des pancartes « les ministres israéliens sont des criminels de guerre ». En cours de route, les manifestants ont été attaqués sans raison par une Unité spéciale de patrouille soutenue par des membres de la police montée agressifs. D’autres affrontements ont eu lieu par la suite devant le Ministère de la défense, quand des anarchistes ont mis à bas la barrière de sécurité et ont essayé de bloqué la circulation sur la rue Kaplan. Six manifestants ont été arrêtés, qui ont ensuite été relachés par un juge le lendemain.

Le dimanche 28, alors que le nombre de morts à Gaza s’approchait de 300 pour le second jour de l’attaque israélienne, les activistes d’ACM ont rejoint une manifestation dans le village de Ni’ilin contre les crimes de guerre d’Israel à Gaza. Les forces israéliennes ont ouvert le feu sur les jeunes qui lançaient des pierres, tuant un des manifestants et en en laissant un second dans une situation critique. Arafat Rateb Khawaja, 22 ans, a été tué d’une balle tirée dans le dos, qui est mort dans l’après midi à l’hôpital de Ramallah. Mohammed Kasim Khawaja, 20 ans, a reçu une balle dans le front tirée à proximité, et est toujours dans un état de mort clinique à l’hôpital de Ramallah.

Le dimanche soir, ACM a pris part à une nouvelle manifestation survoltée dans le centre de Tel Aviv, où des douzaines de personnes ont appelé la population la fin des opérations militaires en cours à Gaza, et de l’occupation en général. Les protestataires portaient des pancartes disant « Intervention internationale maintenant » et « les Israéliens et les Palestiniens sont contre la guerre ».

Le Lundi 29, les funérailles à Ni’ilin ont été extrêmement chargées en émotion, puis suivies par une journée d’affrontement avec l’armée, alors que des centaines d’étudiants faisaient entendre leur opposition sur les campus de Tel Aviv, de Haifa et de Jerusalem - manifestations qui ont tous donné lieu à des d’affrontements avec la police et ou des contre-manifestants fascistes, ainsi que des arrestations violentes. Plus tard dans la journée, des manifestants se sont rassemblés devant l’Ambassade égyptienne de Tel Aviv, pour protester contre le silence et la collaboration égyptienne avec l’offensive israélienne. Les manifestants ont fait face à un extrêmement impressionant contingent de police anti émeutes et de gardes frontières qui, incités par la foule enflammée des passants, a utilisé une violence extrême pour disperser la manifestation. Six participants ont été arrêtés, tous des palestiniens citoyens israéliens.

Plus tard dans l’après-midi, des members d’ACM ont rejoin tune protestation d’arabes et d’israéliens contre les atrocités à Gaza qui avait lieu à Jaffa. Plusieurs centaines de personnes ont hissé des drapeaux palestiniens et ont lancé des slogans de solidarité avec la population de Gaza et de soutien à l’Intifada. L’évènement à culminé avec une marche bruyante et désordonnée dans les rues de Jaffa, bloquant parfois la circulation, qui s’est ensuite dispersée sans violence après une confrontation avec un fort contingent de renforts de police anti éméute et de gardes frontières.

Le mardi 30, une nouvelle manifestation enragée de quelques 200 personnes s’est ruée dans le centre de Tel Aviv. Malgré une forte présence policière, des œufs et des bouteilles vides ont été lancé sur les manifestants.

Le Vendredi 2 janvier, une vingtaine de membres d’ACM ont surpris les services de renseignements de la police en organisant à 6 heures du matin un « die in » à l’entrée de la base aérienne Sde Dov de Tel Aviv. Ils se sont allongés sur la route, feignants d’être morts en portant des combinaisons et des masques couverts de sang, devant l’entrée de cet aéroport où les pilotes se rendent pour prendre leur taxi aérien qui les amènera sur les bases aériennes. Au bout de 10 minutes, les 21 participants ont été arrêté. A la demande de la police, honteuse de n’avoir pu empêcher préventivement l’action, clamant que les personnes arrêtés mettaient en danger la paix en temps de guerre, le juge a ordonné de les maintenir en prison le temps du week end [et ainsi les empêcher de rejoindre les manifestations prévues ce week end ...]. Ayala, l’un des activistes : notre geste est destiné à « montrer aux pilotes de l’armée del’air israélienne le résultat de leurs actions à gaza. A des milliers de mètre d’altitude, le pilote qui cible puis appuie sur un bouton peut ignorer, oublier ou être incapable de comprendre qu’en ce faisant il tue des personnes innocentes. Nous sommes venus ici pour leur rappeler cela. » Depuis le début de cette guerre, les forces aériennes ont bombardé Gaza plus de 300 fois. Ils ont tué plus de 400 palestiniennes, des centaines de civils. Il est impossible d’être contre les bombardement de civils sur Sdérot en Israël sans être en même temps contre les tueries massives de civils à Gaza.

Les lois internationales de la guerre obligent d’éviter au maximum tout dommage contre les civils. Les bombardements de l’armée de l’air israélienne sur la bande de Gaza qui est très densément peuplée ne peuvent que toucher les civils, et sont des crimes de guerre. Chaque pilote qui bombarde Gaza bombarde une population civile et est un criminel de guerre.

(vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=WpeC...)

A cause de trop nombreuses arrestations de vendredi matin, les autres membres d’ACM n’ont pu participer à la manifestation commune contre le mur de séparation seulement dans le village de Jayyous - où de très nombreuses grenades lacrymogènes ont été tirées, et à Bil’in - qui a encore été un champ d’expérimentation pour « les moyens de contrôle de foule de basse léthalité ». Ce vendredi à Bil’in, les forces de l’Etat ont fait un nouvel essai de leur machine à bruit et de nouveaux projectiles... il semblerait que leur principale tâche, en plus de ces expériences, était d’éviter de nouveaux cisaillement de la barrière de sécurité comme cela avait été le cas lors de la manifestation de dimanche contre la guerre à Gaza.

Pendant toute la semaine, nous avons distribué l’appel pour la démonstration de samedi au nom de la Coalition des organisations contre la guerre à Gaza, et dont les Anarchistes contre le mur sont partie prenante :

« Les massacres à Gaza continuent. Des centaines ont été tués, des milliers blessés, les attaques aériennes ont causé des dévastations totales et des familles entières sont maintenant laissées sans maisons. Les civils dans le sud d’Israel sont les otages d’un gouvernement qui leur ment et abuse d’eux. Les destructions et les morts à Gaza n’assureront par leur future, mais au contraire conduiront à plus de violence et de morts.

Rejoignez nous dans la manifestation de ce samedi, nous appelons :

Arrêt des massacres !

Non au siège de Gaza !

Stop the Killing ! No to the Siege ! Yes to life for both peoples !

Oui à la vie pour les deux peuples !

Dans ces journées sombres, nous tenons à notre message : les juifs et les arabes refusent d’être des ennemis !

Notre demande : une trêve complète et la levée du siège de Gaza MAINTENANT !

PS : depuis des dernières semaines, des arrestations massives ont été opérées parmi les citoyens palestiniens d’Israël qui ne faisaient qu’exercer leur droit démocratique de manifestation. Ce samedi, avant la manifestation de Tel Aviv, une rassemblement de protestation est appelé à Sakhnin par le Haut comité des arabes israéliens contre le massacre à Gaza. Merci de faire un effort pour le rejoindre. Votre présence est essentielle.

Le soir, après que la Haute Court ait interdit à la police d’interférer dans le contenu de la manifestation, des milliers de personnes ont convergé vers le square de la ville, y compris beaucoup de ceux qui participaient plus tôt à la manifestation de Sakhnin au nord. Quelques centaines de personnes ont participé au cortège anarchiste. Le cercle de tambour a constitué le centre de ce cortège tout le long de la manifestation. Les drapeaux, les bannières anarchistes ainsi que leur chants ont été la cible pendant toute la manifestation de militants de droite, qui ont échoué à causer des altercations."

Voir aussi :

Traduction du rapport sur l’assassinat à Ni’ilin pendant la manifestation de solidarité avec Gaza, le dimanche 26 décembre 2008, écrit pour l’association Droits de l’Homme Btselem par un membre des anarchistes contre le mur

Site Electronic Intifada (très riche en actualités et analyses sur la situation en Palestine)
Site des Anarchistes contre le Mur

Traduction par le site du Syndicat Interco Paris-Nord de la CNT-AIT

mercredi 17 décembre 2008

La crise et la corruption sème la colère en Islande

"Depuis le début de l’hiver, l’Islande fait face à la crise économique. Les trois grandes banques d’affaires ont été nationalisées, faisant peser leurs dettes sur les épaules de la population. Les gens ont perdu l’épargne de toute une vie, les prêts ont augmenté et atteignent des taux considérables (et pourtant ils étaient déjà très élevé). Chaque jour du mois de novembre, 200 personnes ont perdu leur emploi et de plus en plus de gens sont confrontés à la menace de perdre leur logement.


Les gens se mettent en colère, certains d’entre eux souhaitent revenir à la "bonne vielle" prospérité, tandis que d’autres, espérons la majorité, se rendent compte du coût réel du capitalisme. De plus en plus de gens se dressent contre la corruption et exigent une nouvelle forme de société - la société de la justice. Mais chaque jour, le gouvernement actuel prouve que son objectif principal est de sauver son cul et ceux de leurs amis. Un prêt du Fonds Monétaire International (FMI) a été accordé, probablement par intérêt pour lui : la privatisation des systèmes sociaux comme la santé ou l’éducation, et la destruction écologique de l’Islande.

Manifestations hebdomadaires

Depuis plus de 2 mois les gens se réunissent chaque semaine dans un parc en face du parlement. Les premières protestations exigeaient que le gouvernement "brise le silence" concernant la situation actuelle. Les gens en avaient assez qu’on ne leur dise pas ce qui se passe et ce que le gouvernement comptait faire à ce sujet.


Mais très vite les gens ont réalisé qu’il ne suffisait pas de demander au gouvernement de prendre la parole, alors les protestations ont pris une autre tournure plus radicale : la démission du gouvernement et de nouvelles élections dès que possible. Le gouvernement a complètement ignoré ces exigences et les gens étaient de plus en plus en colère.

Les anarchistes et autres radicaux de gauche sont venus à la plupart des protestations, mais pas pour protester contre la situation économique, pas pour demander au gouvernement des solutions, pas pour demander de nouvelles élections, pas pour demander à un membre du gouvernement, du Parlement ou de toute autre institution officielle de faire quelque chose pour « résoudre » la crise à laquelle nous sommes actuellement confrontés, mais pour diffuser les idées anarchistes et anti-capitalistes dans la population, analyser les problèmes de l’autorité et du capitalisme ainsi qu’encourager la population islandaise à prendre des mesures directes contre les forces de corruption."

La suite et un long album de photo ici...

jeudi 27 novembre 2008

Jean-Jacques Rousseau serait abstentionniste

Le Devoir de philo - Jean-Jacques Rousseau serait abstentionniste (Le Devoir)
Francis Dupuis-Déri, Professeur au département de science politique de l'UQAM
Édition du samedi 09 et du dimanche 10 juin 2007


«À l'instant qu'un peuple se donne des représentants, il n'est plus libre ; il n'est plus», écrivait le philosophe

La philosophie nous permet de mieux comprendre le monde actuel: tel est un des arguments les plus souvent évoqués par les professeurs de philosophie pour justifier l'enseignement de leur matière au collégial. Le Devoir leur a lancé le défi, non seulement à eux mais aussi à d'autres auteurs, de décrypter une question d'actualité à partir des thèses d'un grand philosophe. Nous publions ici leur «devoir de philo», dont voici le dernier de la saison.

Au printemps 2007, deux élections présidentielles ont été marquées par des taux de participation très contrastés. En France, environ 85 % des inscrits aux listes électorales ont exprimé leur suffrage. Au Mali, le taux de participation n'était que de 36 %. Quant au Canada et au Québec, si la tendance se maintient, seulement 70 % des adultes inscrits sur les listes électorales voteront lors des prochaines élections. Le taux d'abstention était en effet de 29 % aux élections québécoises du 26 mars dernier, si on ne compte que les adultes inscrits. Lorsqu'on comptabilise l'ensemble des adultes en droit de voter et non seulement les inscrits sur les listes électorales, le taux d'abstention atteint en général 50 % au Canada et aux États-Unis.

La relecture de Jean-Jacques Rousseau peut aider à comprendre ce phénomène, car ce philosophe propose une des critiques les plus acerbes du processus électoral, mis à part, bien sûr, celles des auteurs anarchistes, qu'il précède et annonce.

Il n'y a rien d'étonnant à ce que des philosophes critiquent le système électoral puisqu'ils se targuent souvent de savoir dégager la vérité par la raison. Or c'est la force du nombre et non de la raison qui fait le résultat d'une élection et la majorité peut se tromper en ce qui a trait au bien et au bon.

Rousseau, dont la pensée n'est pas toujours cohérente à ce sujet, critique pour sa part l'élection non pas en affirmant que le peuple est fondamentalement irrationnel mais plutôt dans le cadre de sa dénonciation de l'élitisme et des inégalités entre les hommes (mâles).

Dans son ouvrage Du contrat social, Rousseau laisse entendre que c'est lorsqu'il cède son pouvoir à des dirigeants par le biais d'élections que le peuple fait preuve d'irrationalité. Évoquant l'Angleterre de son époque, où les hommes pouvaient élire les membres de la Chambre des communes, il explique que la «souveraineté ne peut être représentée», pas plus que la «volonté générale», avant d'ajouter, cinglant: «Le peuple anglais pense être libre; il se trompe fort, il ne l'est que durant l'élection des membres du parlement; sitôt qu'ils sont élus, il est esclave, il n'est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l'usage qu'il en fait mérite bien qu'il la perde.»

Les critiques que propose Rousseau de la représentation politique influenceront de nombreux activistes des mouvements populaires lors de la Révolution française. Ainsi, John Oswald, un Écossais qui se rend en France pour participer à la révolution et s'y faire tuer par des contre-révolutionnaires, signe un pamphlet intitulé Le Gouvernement du peuple, dans lequel il s'approprie les idées de Rousseau contre la représentation électorale. «Être libre, c'est vivre selon sa volonté; vivre selon la volonté d'un autre, c'est être esclave», déclare-t-il.

Il explique ensuite que «la représentation est le voile spécieux à l'ombre duquel se sont introduits tous les genres de despotisme», les uns se prétendant représentants de la lune, les autres du soleil ou des ancêtres, puis finalement de la nation.

Ces prétendus représentants de la nation ne la déclarent souveraine que dans la mesure où elle abdique cette souveraineté à leur profit, qu'elle la leur confie («Voilà le grand secret de la représentation!»). Or, rappellent Rousseau puis Oswald, cette représentation n'est toujours qu'une «fiction» relevant d'une pensée magique et malheureusement héritée du Moyen Âge féodal, d'où nous viennent les parlements institués alors par les rois pour les aider à lever taxes et impôts.

L'abstentionnisme philosophique

La relecture de Rousseau et de ses continuateurs révèle donc que l'abstentionnisme peut se justifier, au nom de la liberté et de l'égalité, dans le cadre de la tradition de la philosophie politique occidentale. Certes, les sciences sociales ont proposé diverses thèses mécaniques pour expliquer l'abstentionnisme dans les régimes libéraux contemporains.

Des études révèlent qu'on retrouve les plus forts contingents d'abstentionnistes dans les segments de la population les plus défavorisés et marginalisés, précisément parce qu'on y sait très bien que les élus, presque tous issus des classes supérieures, ne représentent pas leurs intérêts.

D'autres analyses indiquent que les politiciens eux-mêmes sont responsables du haut taux d'abstentionnisme en raison de la corruption endémique et des promesses non tenues qui minent la crédibilité de l'élite politique.

Pour certains, enfin, il est rationnel du point de vue individualiste de ne pas se déplacer pour aller voter dans la mesure où un vote individuel a un effet infinitésimal, voire nul, sur le résultat global du scrutin.

Au-delà de ces considérations sociologiques, la tradition de la philosophie politique occidentale propose, de Platon à Rousseau, de considérer l'élection comme une pratique aristocratique plutôt que démocratique. Dans son Projet de constitution pour la Corse, Rousseau rappelle ceci: «Quand l'autorité suprême est confiée à des députés, le Gouvernement [...] devient aristocratique.» Des trois types de régimes purs, soit la monarchie (un seul gouverne), l'aristocratie (une minorité gouverne) et la démocratie (la majorité ou la totalité gouverne), l'élection relève bel et bien de l'aristocratie puisqu'elle offre la gouverne à une minorité.

Au Québec, il s'agit même d'une minuscule clique de 125 personnes qui, seules, siégeront à l'Assemblée nationale. Cette aristocratie est «élective» plutôt qu'héréditaire, mais elle reste tout de même aristocratique, selon Rousseau. Si cette aristocratie élue se contentait d'exécuter les lois produites lors de délibérations par le peuple assemblé, ce dernier pourrait encore être considéré comme souverain, donc libre. Mais quand l'aristocratie seule exécute des lois qu'elle a elle-même produites, alors le peuple est esclave. Qu'il choisisse ses maîtres n'y change rien.

Le Directeur général des élections du Québec (DGE) bataille fort pour fouetter l'ardeur des électeurs potentiels. Il a ainsi consacré sept millions de dollars à une campagne d'information auprès des électeurs pour le scrutin de mars dernier au Québec. Au-delà de cette dépense ponctuelle considérable, le DGE produit et propose un ensemble de documents de propagande pro-électorale à l'intention des élèves des écoles secondaires.

Il offre gratuitement, en collaboration avec le ministère de l'Éducation, du matériel pour organiser les élections des conseils d'élèves, soit des répliques à l'identique des urnes électorales, des isoloirs, un Guide de l'électeur et de l'électrice, des dépliants et des banderoles pour convaincre les jeunes que voter est l'acte citoyen le plus important dans lequel réside le pouvoir politique.

Le DGE, qui considère l'élection d'un conseil comme «une activité de formation», cherche à convaincre les jeunes que «l'électeur est l'acteur central du système électoral». Ce discours escamote néanmoins deux réalités banales, soit que c'est l'élu et non l'électeur qui détient vraiment le pouvoir et qu'il existe diverses conceptions plus participatives de la politique et de la démocratie. (Pour une analyse détaillée du discours du DGE, voir mon article: «Les élections de conseils d'élèves», Revue des sciences de l'éducation, volume 32, n° 3, 2006.)

Le DGE a même sommé la coalition abstentionniste «Nous, on vote pas!» de fermer son site Internet (www.nousonvotepas.org). Cette coalition avait été formée à l'hiver 2007 par des organisations anarchistes basées au Québec, soit la Fédération des communistes libertaires du nord-est (NEFAC) et le Réseau anarchiste en milieu étudiant (RAME).

Les anarchistes, qui aspirent à une égalité véritable et fonctionnent en principe sans chef(s) dans leurs propres organisations, partagent une vision très critique des élections, qui impliquent nécessairement des dominants (les élus) et des dominés (les autres).

Le site Internet de la coalition proposait divers documents abstentionnistes, dont des textes classiques et contemporains d'anarchistes critiquant les élections, ainsi qu'un journal intitulé L'Urne, en première page duquel on pouvait lire ce slogan provocateur: «Nous étions dans la rue, le pouvoir tremblait... nous allons voter, le pouvoir est rassuré!»

Or le site contrevenait aux dispositions de la Loi électorale, qui stipule qu'un «électeur ou un groupe d'électeurs doit impérativement obtenir une autorisation» du DGE pour «prôner l'abstention ou l'annulation du vote»! Forcer des anarchistes à s'enregistrer auprès du DGE, voilà un paradoxe politico-bureaucratique qu'aurait apprécié le romancier Franz Kafka...

Quant à Rousseau, il aurait sans doute qualifié l'attitude du DGE de censure illégitime. Rousseau expliquait en effet, toujours dans Du contrat social, que la censure peut être légitime si elle émane de l'opinion publique et correspond aux choix et aux moeurs du peuple. À l'inverse, il serait vain et illégitime qu'une autorité censure des choix ou des comportements qui relèvent de la volonté générale. La censure, dit Rousseau, «peut être utile pour conserver les moeurs, jamais pour les rétablir».

Or le DGE devrait admettre ce qui pour lui est sans doute inadmissible, soit que l'abstentionnisme relève de moeurs politiques communément partagées par 50 % des adultes en droit de voter. En bref, le contingent des abstentionnistes obtient le plus souvent la majorité simple lors des élections, battant en nombre les électeurs du parti élu, qui prétend ensuite représenter l'ensemble de la nation.

Démocratie: liberté et égalité

S'il rejette les élections, Rousseau explique à plusieurs occasions dans son oeuvre que la liberté politique n'existe que lorsque le peuple s'assemble pour délibérer et produire les lois qui le gouvernent. Mais peut-on aujourd'hui vivre en démocratie (directe)?, ripostent les personnes qui espèrent se convaincre, par cette dérobade, que la liberté et l'égalité restent possibles sous le règne d'une aristocratie élue.

Rousseau connaissait bien ce type de réaction: «Le peuple assemblé, dira-t-on! Quelle chimère! C'est une chimère aujourd'hui, mais ce n'en était pas une il y a deux mille ans (à Athènes, par exemple). Les hommes ont-ils changé de nature?» En tout cas, plusieurs d'entre eux ont assurément réduit leurs normes de liberté, et même d'égalité, se croyant libres et égaux alors qu'ils se nomment eux-mêmes des maîtres.

La critique de l'élection de Rousseau est liée à deux idées maîtresses. D'abord, la liberté politique n'est possible que dans de petites entités politiques. Ensuite, elle va de pair avec une certaine égalité économique, laquelle évite «que nul citoyen ne soit [...] assez pauvre pour être contraint de se vendre».

La démocratie sous sa forme directe

C'est ici, particulièrement, que Rousseau annonce les propos des anarchistes abstentionnistes d'aujourd'hui, qui favorisent à la fois l'autogestion et la lutte anticapitaliste. C'est seulement si cette condition d'égalité économique est remplie que «le plus grand bien de tous» devient possible à réaliser, soit une liberté et une égalité véritables. Celles-ci sont inconcevables dans un régime électoral qui produit par définition une inégalité entre des gouvernants et des gouvernés.

Aux yeux de Rousseau -- et les anarchistes d'aujourd'hui ne disent pas autre chose --, il n'y a de démocratie que sous sa forme directe, laquelle d'ailleurs encourage la participation citoyenne bien plus que le processus électoral puisque c'est au fil des délibérations du peuple que la véritable éducation politique se forge.

Contre Rousseau et les anarchistes d'aujourd'hui se mobilisent bien des acteurs sociaux, dont des figures publiques. L'animateur Bernard Derome, par exemple, déclarait sur les ondes de Radio-Canada, le soir des élections fédérales de 2004, que le taux d'abstention «n'est pas très édifiant». Jacques Moisan, l'animateur du débat des chefs de parti lors des élections provinciales de mars 2007, concluait le spectacle en affirmant d'un ton solennel que voter n'est pas seulement «un droit», c'est surtout une «responsabilité».

Plus philosophique, le DGE propose des slogans envoûtants lors des campagnes électorales, comme «Je pense, je vote!» ou «Je m'exprime, je vote!» Voilà qui présente l'abstentionnisme comme relevant de la non-pensée, de la non-expression, du non-être. Relisant Rousseau, un abstentionniste aujourd'hui pourrait toutefois retourner le compliment: «Je pense et je m'exprime, donc je m'abstiens!»

Cette idée ferait écho à Oswald, pour qui «déléguer à autrui le soin de penser pour nous nous fait insensiblement désapprendre à penser tout à fait». Et à Rousseau, bien sûr, selon qui les électeurs incarnent le non-être: «À l'instant qu'un peuple se donne des représentants, il n'est plus libre; il n'est plus.»

mardi 28 octobre 2008

Courte chronologie militante au Saguenay

Ce texte traitera de la dernière année scolaire (d’août 2007 jusque vers juin 2008), mais ne dressera pas une liste exhaustive de tout ce qui a pu se passer au Saguenay (entres autres au niveau des conflits de travail), puisque je n’en sais pas autant. Je tenterai plutôt de partager avec vous près d’un an de luttes sociales pour démontrer qu’il y a bel et bien à faire et que la lutte est possible dans les régions éloignées des grands centres urbains, même celles réputées comme « conservatrices ». La chose donnera un aperçu du climat, qui durant cette année a attiré pas mal d’attention des niveaux national et même, international. Je souhaite préciser qu’il ne s’agissait pas d’une année exemplaire en luttes et je regrette, par manque de connaissances encore, de ne pas pouvoir traiter des dernières années qui ont aussi connues leurs actions radicales et de celle actuelle. Les luttes du PCR (co)-Saguenay puis, le militantisme du CRAC aurait pu être intéressant. Durant cette année, le « blog de combat » « Sag-Lac – Résiste au Militarisme » (http://resistance-02.blogspot.com) a été tenu, duquel je vous présente plusieurs extraits.


Le 11 septembre, à Jonquière, une quinzaine de personnes ont participé à une activité organisée par les Bleuets pour la paix, visant à manifester une opposition au Caucus québécois des conservateurs, un caucus privé qui avait lieu dans un hôtel. Les manifestant-e-s sont entré-e-s avec succès dans la salle où se tenait le caucus et certain-e-s se sont joint-e-s au cocktail particulièrement riche et vieux, débordant du même coup le service de sécurité de l’hôtel. L’action a été suivie par l’expulsion du groupe, en cortège, hors du bâtiment. Des journalistes de différents médias étaient présent(e)s à l’extérieur pour collecter les commentaires de l’organisation pacifiste, qui a créé en 2003 ou avant.

Le 20 septembre, le maire Tremblay, en poste à Chicoutimi (devenu Saguenay) depuis 1997 (11 ans), présente son mémoire à la commission Bouchard-Taylor (sur les accommodements raisonnables) au nom de la population de ville Saguenay. Au nom de la population celui-ci y véhicule des idées révisionnistes, nient les droits sociaux obtenus dans les dernières décennies et prône un retour au confessionnalisme et au pouvoir de la religion dans l’État. Ce mémoire a été écrit par le théologien Jean-Paul Simard et pour rémunérer la production d’un tel document, le maire a prit 10 000$ de l’argent des citoyen-ne-s. Le document réactionnaire est diffusé sur internet et des copies papier sont distribuées internationalement.

1er octobre, près de 200 personnes participent à la séance du Conseil municipal de Saguenay. Un appel avait été lancé par des militant-e-s dans le but de reprocher au maire d’avoir présenté un mémoire au nom de la population lors de la commission Bouchard-Taylor. Au début de la séance, la fameuse prière du maire fut chahutée par la moitié des personnes présentes . Plus d’une vingtaine de citoyen(ne)s ont ensuite prit le micro pour adresser leur indignation au Maire, qui faisait monter la colère de beaucoup par ses bavures. Finalement, le citoyen Paul-Henri Croft demanda aux conseillers/ères municipaux qui n’appuyaient pas les agissements du maire dans l’affaire du mémoire de se lever debout et de s’affirmer. Le citoyen fut expulsé hors du conseil par les policiers présents et le maire décida de clore la séance. Le maire affirmera par la suite aux médias qu’il s’agissait de groupes organisés de militants professionnels.

Le 11 octobre, une manifestation au bureau du ministre conservateur Jean-Pierre Blackburn a été tenu par le groupe pour le logement social Loge m’entraide et le groupe pacifiste les Bleuets pour la paix sous le thème « Des milliards pour le logement, pas pour l’armement ! ».

Durant le mois d’octobre, lancement d’une pétition par Gabrielle Lavallée, connue publiquement pour avoir été membre de la secte de Moïse Thériault, pour que la Commission des droits de la personne et de la jeunesse reconnaissent la légitimité de la prière d’ouverture du Conseil municipal de Saguenay. Rappelons que dans la secte de Moïse, le gourou lui avait infligé de nombreuses blessures parmi lesquelles une amputation de l’avant-bras droit à froid et l’arrachage de huit de ses dents avec des pinces. Pour sa pétition, elle trouvera, entre autres, le support de Stefan Jetchick du site intégriste catholique www.inquisition.ca Voir http://www.inquisition.ca/reactions/lavalee_gabrielle.htm

Mi-octobre, L’armée canadienne tiendra des activités inspirées de la formation militaire jusqu’en décembre dans le cadre d’un programme « d’activité sportive et de plein air », dans une école primaire de la région, à St-Charles-de-Bourget. Dans la région, une controverse est suscitée dans les médias par des parents et le groupe pacifiste les Bleuets pour la paix. Aussi, des réactions fusent rapidement du niveau national.

Le 8 novembre, à l’Université du Québec à Chicoutimi avait lieu le matin un kiosque de recrutement de l’armée (lors de la foire d’emploi annuelle) et le soir, une conférence du lieutenant-colonel Jean Trudel. Le matin, quelques militant-e-s rassemblé-e-s décidèrent de voler et de cacher une nappe et une bonne partie du matériel du kiosque des recruteurs pendant qu’ils étaient aller chercher leur café. L’action fut suivie par une séance de tractage aux portes de l’université. Vers midi, les agents de sécurité arrêtèrent deux militants et appelèrent la police. Juste avant que les deux militants soient amenés au poste de police, un appel téléphonique d’un haut placé de l’armée signifia aux policiers de laisser faire pour que l’affaire ne devienne pas politique. Les deux militants furent ainsi libres et sans conditions. Le matériel des recruteurs avait d’ailleurs été retrouvé vers midi.

En soirée, près de 50 étudiant-e-s et opposant-e-s, équipé-e-s d’instruments de bruit, perturbèrent la conférence du lieutenant-colonel, portant sur la mission canadienne en Afghanistan, en faisant un tapage aux portes de l’événement. De l’entrée des participant-e-s à la conférence (15 à 20 personnes dont la moitié étaient des pacifistes) jusqu’à leur sortie(sous escorte policière cette fois), les manifestant(e)s anti-guerre se firent entendre. Un appel collectif à tenter d’entrer dans la conférence lancé parmi les manifestant(e)s mena à une bousculade avec les deux agents de sécurité Garda, qui dès le début poussaient à répétition les manifestant-e-s . Avec succès nous pûmes entrer dans le vestibule menant directement à l’auditorium. Il s’y trouvait justement une table de fer avec des marteaux et des bouts de bois avec lesquelles un tapage infernal pu être réalisés. Des témoins à l’intérieur de la conférence dirent par la suite que le vacarme était fortement audible à l’intérieur. Après cet événement, plusieurs établissements scolaires de la région refusèrent la venue de militaires par crainte que celle-ci se reproduise. Étienne David-Bellemare, un des manifestants, critiqua l’agressivité et la violence des agents de sécurité dans une lettre publiée dans le journal Le Quotidien.

Quelques jours après, sur la place publique du Cégep de Chicoutimi, à côté d’un kiosque de recrutement de la GRC, diffusion de tracts d’information sur les événements à Montréal (brutalités policières envers les étudiant-e-s en lutte et initiative de l’Université populaire à Montréal (UPAM)).

15 novembre, manifestation étudiante nationale à Montréal organisée par l’ASSÉ. Le Comité Gratuité scolaire de l’UQAC a prévu un autobus pour le transport et une banderole « Sag-Lac Contre-Attaq » réalisée collectivement par les intéressé(e)s, la veille, sur la place publique. Les associations de sociologie et anthropologie et de sciences politiques et coopération internationale de l’université étaient en grève pour la journée.

Le 24 janvier, Journée internationale d’action organisée par Solidarité Populaire et le Forum Social Régional 02 et appelée par le Forum Social Mondial. Dans la région, des manifestations ont eu lieu à Alma et à Chicoutimi « contre les politiques des gouvernements qui ont pour effet de diminuer les droits sociaux, d’entretenir un climat de guerre et d’être néfastes pour l’environnement ». À Chicoutimi, les politiciens, que devait rencontrer cette marche (de près de 40 personnes) sur la rue Racine, n’étaient pas présents à leur bureau, mis à part Jean Tremblay, qui nous a livré toute une salade de positions contradictoires avec d’autres de ses déclarations publiques. À Alma, une cinquantaine de personne ont manifesté et ont, entre autres, pri(se)s par surprise les employé-e-s du bureau du ministre conservateur Jean-Pierre Blackburn en y entrant à deux reprises.

Du 4 au 7 février, « Semaine des Sciences humaines » à l’UQAC. Une variété de thèmes liés au domaine sont présentés dont l’Anarchisme (« L'anarchisme face à l'État» de Francis Dupuis-Déry), le mouvement étudiant, les autochtones, les droits des femmes en plus d’un panel de Louis Gill et Francis Dupuis-Déry sur « Impérialisme et militarisation de la planète ».

Le 8 février, début de la grève générale illimitée à l’usine Scepter de Chicoutimi. Ce n’est qu’au mois de septembre de la même année que les travailleurs ont pu s’entendre avec les employeurs, sur un nouveau contrat de travail comprenant des augmentations salariales de 25,5% sur 6 ans et plusieurs avantages. Rappelons que la grève des travailleurs de l’entreprise dont la possession est américaine a été très ardue et qu’il y a même eut menace de fermeture durant l’été. Malgré cela, les travailleurs ont refusé les offres patronales insuffisantes jusqu’à ce nouveau contrat, considéré par plusieurs comme une victoire.

Le 12 février, dans le dossier de la syndicalisation du Walmart de Jonquière et la fermeture sauvage de la multinationale, la Cour d'appel vient de donner raison à Walmart sous le prétexte que l'employeur pourrait fermer boutique quand il le veut. Cette décision survient après que les travailleurs/euses aient obtenu gain de cause pour "non-respect du code du travail" auprès de la Commission des relations de travail en 2005 et de la Cour supérieure.

Le 12 février, Pierre Demers publie l’article « Graffitis au Saguenay » dans L’Aut’Journal, qui fait état de graffitis se multipliant et dont certains agaceraient les élus locaux et les commerces pour leur côté politique. L’article cite en particulier « Le maire suce l’Alcan » qui se retrouve à divers endroits dont des barrages et au centre-ville. Aussi, la ville aurait investi des milliers de dollar en 2007 pour faire effacer des « graffitis politiques anarchistes » sur la petite maison blanche. Voir http://www.lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=601

Le 21 février, le Comité gratuité scolaire de l'UQAC et tout un contingent "Sag-Lac Contre-attaq" participe à une manifestation nationale à Québec organisée par l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante pour le droit à l’Éducation,.

Le 3 mars, à la rencontre du Conseil municipal de Saguenay, un porte-parole des Bleuets pour la paix a fait une déclaration demandant au maire Jean Tremblay, qui était alors près de son départ pour Jérusalem, en territoire occupé par Israël, à l’occasion d’un colloque sur les défis des grandes villes de la planète, d’être un « Pèlerin de la paix » et lui a remis un drapeau de la paix signé pour qu’il le remette à son tour aux autorités israéliennes au nom des saguenayen-ne-s.

Le10 mars, à Chibougamau, début du blocage de la route 167, « La porte du Nord », et grève des travailleurs de l’usine Chantiers Chibougamau. Le barrage empêcha les véhicules lourds et les sous-traitants, bloquant la construction du barrage d’Eastmain 1A, mais laissa passer les simples passant(e)s.

Fin mars/début avril, le Collectif de Résistance Anti-Capitaliste – Saguenay (CRAC) réapparaît publiquement. Le CRAC est, dans ses propres mots, « une organisation non hiérarchique réunissant des individus qui partagent une unité politique face à la nécessité de s’opposer au système économique capitaliste actuel ».

Du 2 au 4 mai, s’est tenu le 3ième Forum Social Régional du Saguenay-Lac-Saint-Jean (FSR-02) au Cégep de Chicoutimi. Tout près de 200 activités (conférences, ateliers de discussion, table-rondes, expositions, spectacles, Forum des enfants,…) sur une variété de thèmes figuraient au programme des trois jours.

Le 15 mai, la Commission sur les droits de la personne et de la jeunesse tranche dans le dossier de la prière au Conseil municipal de Saguenay en affirmant qu’elle n’y a pas sa place. Voir http://communiques.gouv.qc.ca/gouvqc/communiques/GPQF/Mai2008/15/c8814.html

Vers le 28 mai, syndicalisation des 400 assistant(e)s d’enseignement de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Le 1er juin, à Québec : Table-ronde des groupes anti-guerre à laquelle participent des membres du CRAC et des Bleuets pour la paix.

Le 28 juin, les membres du groupe Loge m’entraide et quelques sympathisant-e-s se sont rendu à bord d’un autobus à la manifestation nationale du Camp des 4 sans.

Le 3 juillet, le CRAC et les Bleuets pour la paix sont signataires et ont organisé un transport pour la manifestation contre le défilé militaire dans les rues de Québec alors que le maire Labaume avait alloué un « droit de cité » à l’armée pour sa journée de fête des 400 ans de présence coloniale à Québec.

jeudi 8 mai 2008

Sur le droit de grève et la précarité

La Fédération des communistes libertaires du nord-est a consacré la dernière parution (mai 2008) d'un de ses journeaux francophones, Cause Commune, au droit de grève et à la précarité. Des textes à la pensée très critique que j'ai beaucoup aimé, et qui me paraissent pouvoir rejoindre pas mal tous le monde. En très peu de mots, je vous en recommande la lecture.

En Haute-Côte-Nord (non-membre), vous pouvez vous procurer cette édition du journal en communiquant avec virtuality6012@caramail.com .

Au sommaire du no 20 (format HTML)
Pour le droit à la grève !
Pas de progrès sans les grèves !
L'anarchie de A à Z, «S» comme Syndicat
Manif antimilitariste à Québec
À qui profite le travail précaire
Travail précaire: Sherbrooke championne du cheap labor!
Livre : Sur les traces de l’anarchisme au Québec
Grève étudiante : l’exercice d’un droit collectif
Le droit à l’avortement de nouveau menacé
DVD : Dans mon quartier

vendredi 11 avril 2008

Qu'est-ce que l'Anarchisme ?

Il y a des anarchistes dans la région et un peu partout au Québec et dans le monde qui forment un mouvement de résistance contre le Capitalisme et l'État. Hein! Quessé? Je vous propose d'explorer la chose en dehors de la désinformation des médias de masse avec une définition assez complète de ce qu'est l'anarchisme.


"ANARCHISME. n.m. Philosophie politique qui, à partir d’une définition tripartite de la liberté et d’une conception spécifique de la nature humaine, offre une critique radicale des liens de domination hiérarchiques, un projet de société antiautoritaire et une stratégie de changement social basé sur l’action directe.

La liberté

Tout comme les libéraux, les anarchistes ont une conception négative de la liberté, c’est-à-dire que la liberté est l’absence de contraintes. L’individu libre est celui qui n’est pas soumis à des contraintes extérieures à lui-même.

À cette conception négative s’ajoute une conception positive de la liberté. Tous les anarchistes considèrent que la liberté est également une potentialité, la possibilité pour l’individu de se réaliser et d’atteindre son plein potentiel.

Enfin, les anarchistes ont une conception sociale de la liberté, qui a pour conséquence de lier de façon indissociable la liberté et l’égalité. En effet, l’anarchisme postule que l’individu ne peut être totalement libre qu’au sein d’une société composée d’individus libres. Ainsi, pour Bakounine, « l’homme n’est réellement libre qu’autant que sa liberté, librement reconnue et représentée comme par un miroir par la conscience libre de tous les autres, trouve la confirmation de son extension à l’infini dans leur liberté. L’homme n’est vraiment que parmi d’autres hommes également libres ; et comme il n’est libre qu’à titre humain, l’esclavage d’un seul homme sur la terre, étant une offense contre le principe même de l’humanité, est une négation de la liberté de tous. » (Catéchisme révolutionnaire)

Une critique de la société actuelle

Toutes les variantes de l’anarchisme ont en commun une critique des sociétés contemporaines qui se base sur des principes antiautoritaires découlant de leur conception de la liberté.
Les anarchistes contestent tous les rapports de domination hiérarchique, de quelque nature qu’ils soient (oppression de classe, de race, de sexe, d’orientation sexuelle, domination de la nature…). La critique anarchiste s’étend à toutes les institutions oppressives telles que l’Église, l’armée, la police, ad nauseman… et en tout premier lieu l’État, qu’ils considèrent comme l’institution suprême de domination.

L’étendue de cette critique est d’ailleurs un des facteurs qui distingue l’anarchisme du marxisme. Comme l’a fait remarquer Henri Arvon, l’anarchisme conteste l’oppression autant que l’exploitation, l’autorité autant que la propriété et l’État autant que le capitalisme. Ceci explique pourquoi plusieurs écologistes, féministes, pacifistes, syndicalistes et militants pour les droits de la personne sont attirés par l’anarchisme.

Un projet de société libertaire

Est anarchiste toute idéologie dont le projet de société, appelé anarchie, est déterminé par cette conception de la liberté. Ce projet varie selon les types d’anarchisme, mais la plupart prescrivent des structures sociales non hiérarchiques, radicalement démocratiques et décentralisées.
Pour les individualistes, la société n’est pas un organisme mais une simple collection d’individus autonomes. Pour satisfaire son intérêt personnel, l’individu peut s’unir aux autres et s’associer, mais cette association ne reste qu’un moyen pour servir sa fin.

Les anarcho-syndicalistes sont les héritiers du collectivisme de Bakounine. Selon leur vision de la société anarchiste, les syndicats exproprient le capital et chaque groupe de travailleurs dispose de ses propres moyens de production. La répartition des produits et des services est alors l’objet d’une décision collective.

Finalement, les anarcho-communistes (ou communistes libertaires, ou communistes anarchistes) prévoient l’établissement de communautés (communes) autogérées où tous travailleraient selon leurs capacités et tous consommeraient selon leurs besoins. Ces communautés sont fédérées pour exécuter en coordination des projets les concernant.

La nature humaine

Les anarchistes ont également en commun une perception de la nature humaine qui justifie la viabilité d’une telle société libertaire.

Cette perception n’est toutefois pas la même chez tous les anarchistes. Par exemple, Kropotkine considérait que l’instinct de coopération d’aide mutuelle prédominait chez toutes les espèces animales et trouvait son incarnation parfaite chez l’humain. Mais la plupart des anarchistes ont plutôt développé une conception existentialiste de la nature humaine, estimant que les comportements humains s’adaptent aux structures et aux normes sociales.

Quoi qu’il en soit, tous sont parfois d’accord pour dire que l’humanité a la capacité de vivre et de se développer sans être soumise à des institutions hiérarchiques et répressives.

Une stratégie de changement

Enfin, les anarchistes ont en commun d’offrir une stratégie de changement révolutionnaire impliquant l’institution immédiate de l’anarchie. Ils s’opposent tous aux stratégies autoritaires (dictature du prolétariat) ainsi qu’à la formation de partis hiérarchisés, et sont généralement abstentionnistes lors des élections. Les anarchistes croient en la spontanéité révolutionnaire et préconisent l’action directe, qui peut prendre plusieurs formes.

C’est au sujet des stratégies de changement que les anarchistes sont le plus partagés. Par exemple, certains ont préconisé, principalement lors des deux dernières décennies du xixe siècle, une forme de terrorisme appelée propagande par le fait. Mais après une vague d’attentats individuels qui n’ont mené qu’au rejet populaire de l’anarchisme et à un regain de répression, cette stratégie a été abandonnée par les anarchistes. Les anarcho-communistes insistent quant à eux sur l’action communautaire, sur la formation d’institutions libertaires sur une base locale qui pourront renverser et remplacer l’ordre capitaliste et étatique. Les anarcho-syndicalistes axent leur stratégie sur le syndicat, qui est conçu comme l’embryon de la société nouvelle ; ils préconisent des formes d’action directe comme le sabotage, le boycott, la grève partielle et la grève générale révolutionnaire. Les anarcho-pacifistes insistent quant à eux sur l’action directe non-violente et sur la désobéissance civile comme moyen de renverser l’ordre hiérarchique oppressif.

Bien que les anarchistes soient révolutionnaires et spontanéistes, il ne faut pas croire pour autant qu’ils rejettent les formes de lutte partielles et quotidiennes. Au contraire, des anarchistes comme Élisée Reclus considèrent qu’évolution et révolution font partie d’un même processus et que chaque action peut être efficace si elle est conforme aux principes anti-autoritaires. Les anarchistes considèrent également l’éducation comme étant un des principaux moyens d’accéder à la société libertaire.

Il est toutefois à noter qu’une minorité importante d’anarchistes n’est pas révolutionnaire. En effet, la plupart des individualistes anarchistes considèrent que les rêves de grands soirs sont eux-mêmes potentiellement répressifs et estiment que c’est à l’individu de se libérer en rejetant lui-même la société dominatrice. Pour beaucoup d’individualistes, être anarchiste signifie être un « en dehors » et vivre selon ses propres principes, en refusant de collaborer aux institutions oppressives. "
- Anne Archet, Qu'est-ce que l'anarchisme
Voir aussi Anarchisme sur Anarchopédia