samedi 13 septembre 2008

Décisions économiques d'un autre âge

Serge Genest,
Citoyen de Québec

Comment ne pas s’interroger sur le jugement, les compétences, sans compter les intérêts de nos dirigeants politiques d’implanter un site de transbordement et d’acheminement du gaz naturel liquéfié à Lévis, alors que les refus de telles installations se multiplient sur la côte est des États-Unis et sur la côte ouest du Canada? Il faudra également acheminer ce gaz jusqu’aux États-Unis par des conduites qui transformeront le paysage physique et social (par exemple, les expropriations, la multiplication de mesures de sécurité) sur des kilomètres de façon beaucoup plus marquée qu’on ne le mentionne présentement. D’ailleurs, ce qui vaut pour le gaz vaut aussi pour le pipeline qui doit acheminer le pétrole des installations d’Ultramar, aussi à Lévis, vers la région de Montréal.

L’exploitation de nos ressources naturelles, particulièrement la forêt, l’eau et les mines, sans autre planification que le maximum de profits pour les compagnies transnationales demeure à l’ordre du jour. Pourtant, la dévastation de nos forêts pendant tout le 20e siècle, les récents déversements du pétrole à la raffinerie Ultramar, celui d’Alcan-Rio Tinto au Saguenay, le déplacement d’une partie d’une ville de l’Abitibi pour permettre l’exploitation de mines devraient inciter les dirigeants politiques à abandonner ces orientations dignes d’un autre siècle.

Politiciens et entrepreneurs de tout acabit refusent à l’évidence de sortir des modèles et des activités économiques qui ont fait florès chez nous au 20e siècle. Ils continuent de vendre le Québec comme un vaste espace de ressources natuelles qui ne demandent qu’à être exploitées. Les milliards de profits qu’on fait miroiter ces jours-ci dans l’éventualité où le Québec vendrait son eau douce constituent un bel exemple de cette indécrottable façon de penser. Les véritables enjeux liés à la mondialisation, tels qu’ils se présentent maintenant et le feront tout au long du 21e siècle, sont alors complètement occultés. Dans un tel scénario, non seulement le Québec demeure un paradis pour les entreprises énergivores, mais il offre maintenant en prime les caractéristiques de ces régions intermédiaires instrumentalisées par le capital transnational pour supporter les risques environnementaux et sociaux que d’autres repoussent avec force.

Comment ne pas être cynique lorsqu’on apprend que les défenseurs à tout crin d’un projet comme Rabaska, son directeur d’une part, peut-être la mairesse de Lévis d’autre part, sont invités à quitter le bateau, pour relever de nouveaux défis, comme on dit? Qui se souviendra de ces décideurs et du petit cercle d’entrepreneurs qui gravitent autour de ce projet maintenant lorsque, dans quelques années, il faudra en affronter les effets environnementaux et sociaux? Les expériences passées sont volontairement ignorées.

Comment ne pas être irrité devant le mépris des dirigeants politiques qui, sans sourciller, font valoir la création d’emplois liée à ces projets, alors que ces gens savent pertinemment qu’au mieux quelques dizaines de postes seront à combler une fois les infrastructures installées?

Les autorités politiques et les financiers qui les supportent n’hésitent pas à utiliser tous les moyens disponibles pour vaincre les résistances. Ils comptent également sur la résignation de la population pour mener à bien leurs entreprises. Seule la vigilance citoyenne peut aider à débusquer et à dénoncer ces manoeuvres et ces jeux de coulisses. Refuser de se laisser enfermer dans le cynisme. Refuser la résignation.

Source: Le Soleil

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